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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2217026

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217026

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUMEDIENE THIERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 13 décembre 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application de l'article

R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. D B.

Par cette requête, enregistrée le 4 décembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Paris et un mémoire complémentaire enregistré le 12 février 2023, M. B demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ou de bénéficier d'un avocat commis d'office ;

2°) d'annuler les arrêtés du 1er décembre 2022, par lesquels le préfet de police lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge l'Etat une somme de 1 500 euros pour son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées et dépourvues d'examen de sa situation particulière ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, dès lors que l'infraction qui lui est reprochée n'est pas caractérisée, son contrôle d'identité est irrégulier ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il justifie d'une adresse stable ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas commis de vol en réunion et qu'il souhaite déposer une demande de régularisation de sa situation administrative ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine ;

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire national pour une durée de 24 mois :

- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est en France depuis 2021, sa famille est présente en France, il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme A pour statuer sur le présent recours.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février 2023 en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Edert, magistrate désignée,

- les observations de Me Boumediene-Thiery, avocate désigné d'office, représentant M. B, assisté de M. E, interprète en langue arabe qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que sa famille est présente à l'audience, que sa situation peut être régularisée, il dispose d'une promesse d'embauche et d'un métier en tension,

- le préfet de police n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant algérien né le 27 septembre 1997 à Alger est entré sur le territoire français il y a un an et deux mois selon ses déclarations. Par deux arrêtés du 1er décembre 2022, notifiés le lendemain, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 24 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. M. B a bénéficié de l'assistance de l'avocat de permanence désigné par le bâtonnier. Le requérant, en indiquant ne " demander d'aide juridictionnelle qu'en cas d'annulation des arrêtés " qu'il querelle, ne peut être regardé comme ayant voulu renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions contestées :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-01166 du 3 octobre 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2022-707 du 3 octobre 2022, le préfet de police, a donné à M. C F, adjoint à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève l'édiction des mesures d'éloignement des étrangers et toutes décisions prises pour leur exécution, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'ils contiennent. La décision portant interdiction de séjour, quant à elle indique les trois critères que le préfet de police a entendu retenir pour motiver sa décision au visa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et permet à M. B à sa seule lecture d'en connaitre les motifs. Par suite, les décisions sont suffisamment motivées.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. " Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union également invoqué par le requérant.

8. Si M. B soutient que l'arrêté attaqué méconnaît le principe du contradictoire, il n'est pas établi qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soit prise à son encontre la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de sa méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".

10. M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et ne dispose pas de titre de séjour en cours de validité. Par suite le préfet de police pouvait prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français. La circonstance qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public ou que le contrôle d'identité dont il a fait l'objet serait irrégulier est sans incidence sur la décision attaquée, laquelle trouve son fondement les dispositions précitées.

11. En troisième lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. M. B se prévaut de sa présence en France depuis un an et deux mois et de la présence en France de sa famille ainsi que d'une promesse d'embauche et de sa volonté d'insertion. Toutefois, en se bornant à invoquer la présence de son oncle et de sa tante, produire une attestation d'hébergement à titre gratuit ainsi qu'une promesse d'embauche postérieure à la décision attaquée, il n'établit pas qu'il aurait noué en France des liens anciens, stables et intenses, compte tenu de sa faible durée de présence en France. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

13. En quatrième lieu, la circonstance qu'il pourrait bénéficier d'une régularisation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()/ 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ; () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () /8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

15. Si M. B soutient que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, la décision lui refusant un délai de départ volontaire est également motivée par la circonstance qu'il n'a pas présenté de documents d'identité et s'il fait valoir disposer d'une adresse stable, la seule attestation d'hébergement de son oncle, postérieure à la décision attaquée est insuffisante à établir qu'il présenterait des garanties de représentation suffisantes. Par suite le préfet de police n'a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. B fait valoir craindre pour sa vie en cas de retour en Algérie, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français() ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

18. D'une part, pour interdire à M. B le retour sur le territoire national le préfet de police a notamment retenu que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, compte tenu d'un signalement par les services de police le 30 novembre 2022 pour vol en réunion. Si M. B conteste les faits reprochés, il ressort de la décision attaquée que le préfet a également estimé que l'intéressé ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant célibataire et sans enfant et entré en France depuis un an. D'autre part, M. B est en situation irrégulière, ne peut se prévaloir d'une durée de présence significative sur le territoire français. Il ne dispose d'aucun moyen de subsistance, la promesse d'embauche qu'il produit est postérieure à la décision attaquée et la circonstance que son oncle et sa tante l'hébergent est insuffisante à établir que le préfet de police aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de police du 1er décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

.

La magistrate désignée,

Signé

S. A La greffière,

Signé

O. EL MOCTAR

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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