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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2217040

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217040

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCARRILLO CRUZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nice le 3 décembre 2022 et transmise au tribunal administratif de Cergy-Pontoise par une ordonnance du 8 décembre suivant, M. C B A, représenté par Me Carrillo Cruz, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de produire son entier dossier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet des Alpes Maritimes lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent au regard de son nouveau domicile de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'absence de communication de son entier dossier par l'administration méconnaît son droit au procès équitable et l'alinéa 3 du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été mis à même de formuler des observations de sorte que l'arrêté attaqué a méconnu son droit d'être entendu ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnait les dispositions des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par ordonnance du 31 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 avril 2023.

Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Fléjou a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant colombien né le 24 novembre 1981, entré sur le territoire français le 4 mai 2022, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet des Alpes Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour suite au rejet de sa demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur les conclusions tendant à la production de l'entier dossier de M. B A :

2. Aux termes de l'article L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ".

3. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () "

4. Dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu des éléments produits par l'intéressé, il n'apparaît pas nécessaire d'ordonner la communication du dossier détenu par l'administration. Aucun des éléments produits par l'intéressé n'est en outre de nature à établir que certains éléments de sa situation n'auraient pas été portés à la connaissance du tribunal, méconnaissant ainsi les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et son droit à un procès équitable tel que décrit par les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment de son article L. 614-1, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation, dans laquelle, il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du même code ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié.

6. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B A aurait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet des informations relatives à sa situation personnelle susceptibles d'avoir une incidence sur l'édiction de la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes Maritimes aurait méconnu le droit d'être entendu du requérant doit donc être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de faits propres à la situation personnelle de M. B A, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui refuser un titre de séjour. Dès lors, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué ne peut être qu'écarté.

8. Si M. B A soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait, il n'assortit pas de ce moyen des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. M. B A ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquels il est constant qu'il n'a pas demandé de titre de séjour et sur le fondement desquels il est également constant que le préfet des Alpes Maritimes n'a pas étudié sa demande. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérants.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'arrêté attaqué que l'épouse de M. B A a également fait l'objet d'une décision de refus de titre de séjour. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne produit aucune pièce à l'appui de sa requête de nature à établir qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France où il est entré seulement le 4 mai 2022, ou qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 40 ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a ainsi méconnu les stipulations précitées.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B A n'établit pas que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont illégales. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, soulevé, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

14. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet des Alpes Maritimes. Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère,

assistées de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

V. Fléjou

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Alpes Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2217040

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