Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217362

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGENESIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. et Mme D, qui demandaient l'annulation d'un permis de construire délivré par le maire de Meudon pour la surélévation et la modification d'une maison. Les requérants contestaient la légalité du permis en invoquant des insuffisances dans le dossier de demande (notamment au regard des articles R. 431-9, R. 431-10 et R. 431-14 du code de l'urbanisme) et une méconnaissance des articles UD 4, UD 7 et UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, considérant que les éventuelles omissions ou imprécisions dans le dossier n'avaient pas faussé l'appréciation de l'administration sur la conformité du projet. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, sans application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 décembre 202 et les 17 juin et 2 octobre 2023, M. et Mme D, représentés par Me Zerna, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Meudon a accordé un permis de construire à M. A en vue de la surélévation d'une maison d'habitation, de la modification de ses façades et de la création d'une place de stationnement sur un terrain situé 4 rue Estelle dans la commune, ensemble la décision du 19 août 2022 rejetant leur recours gracieux en date du 19 août 2022;

2°) de mettre à la charge de la commune de Meudon une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet ne fait pas apparaître le raccordement au réseau d'eau potable ni la délimitation de la place de statuionnement couverte ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, dès lors que le plan de façade sud-ouest est illisible, le plan de façade sud-est est incomplet, l'aspect extérieur de l'abri voiture n'est pas précisé et la couleur et les matériaux du mur mitoyen en limite séparative sud-est ne sont pas indiqués ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme, dès lors que la notice ne précise pas la couleur et les matériaux de l'abri voiture ;

- il méconnait les dispositions de l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meudon, dès lors que le projet n'est pas raccordé au réseau public d'eau potable ;

- il méconnait les dispositions de l'article UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que la façade sud-est, d'une part, et la façade sud-ouest, d'autre part, ne sont pas conformes aux distances minimales entre les limites séparatives et les façades comportant des baies principales et aggravent la non-conformité de la construction initiale avec les dispositions de cet article ;

- il méconnait les dispositions de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors qu'il ne comporte pas d'indication relative à l'aspect extérieur du mur mitoyen au sud-est et de l'abri voiture au sud-ouest.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 mars et le 29 septembre 2023, la commune de Meudon, représentée par Me Cassin, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit mis à la charge des requérants, la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, à qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 mars 2023 et le 6 juillet 2023, M. A, représenté par Me Cotillon, conclut au rejet de la requête et ce qu'il soit mis à la charge des requérants, la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête est irrecevable faute d'intérêt à agir des requérants et à titre subsidiaire qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Baude, rapporteur,

-les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

-et les observations de Me Zerna, représentant M. et MmePignede, de Me Kobo, représentant la commune de Meudon et de Me Deloum représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 juin 2022, le maire de la commune de Meudon a accordé sur un terrain situé 4 rue Estelle un permis de construire à M. A en vue de la surélévation d'une maison d'habitation existante, de la modification de ses façades, de la réorganisation de ses volumes intérieurs et de la création d'une place de stationnement. Par la présente requête les requérants en demandent au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la complétude de la demande de permis de construire :

2. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. () / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / ()".

4. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste à réaliser en zone urbaine des travaux d'extension limités et de réaménagement interne d'une maison d'habitation comportant un seul logement, sans en modifier la destination ni en augmenter significativement la surface de plancher. Par suite la circonstance que le réseau d'eau potable ne serait pas représenté sur le plan masse n'a pas pu fausser l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet avec les règles d'urbanisme. Il ressort par ailleurs du plan du rez-de-chaussée que celui-ci matérialise la place de stationnement automobile.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis comporte un plan de la façade sud-ouest, qui, contrairement à ce que soutiennent les requérants, permettait au service instructeur d'apprécier la nature du projet en toute connaissance de cause. Si les requérants font valoir que le plan de façade sud-est ne représente pas la façade du garage automobile existant, cette façade est un mur intégralement mitoyen entre deux constructions existantes, n'offrant par conséquent aucune visibilité extérieure. Le plan d'élévation sud-est PCMI5.5 pouvait donc valablement le représenter sous la légende " bâtiment R+1 contre mur mitoyen " et préciser qu'il est en pierre, la circonstance que la notice n'en précise pas la couleur, n'a pu fausser l'appréciation du service. Enfin le plan d'élévation sud-ouest PCMI 5.6 indique les matériaux et couleurs de la structure de l'abri voiture, revêtu d'un bardage bois en claire-voie et d'un habillage en pierre du Hainaut finition gris clair.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur des travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4 ou sur un immeuble inscrit au titre des monuments historiques, sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le plan d'élévation sud-ouest PCMI5.6 indique les matériaux et couleurs de la structure de l'abri voiture et notamment son bardage bois en claire-voie et son habillage en pierre du Hainaut finition gris clair.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la demande de permis de construire était complète au regard des dispositions précitées, alors qu'au demeurant les requérants n'indiquent pas en quoi les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, et auraient été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative.

En ce qui concerne la conformité du permis de construire avec les règles d'urbanisme applicables :

10. En premier lieu, aux termes de l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le raccordement aux réseaux publics d'eau potable, d'électricité et assainissement existants est obligatoire. Tous les dispositifs projetés relatifs à l'alimentation en eau et à l'assainissement devront être soumis à l'approbation des services compétents et être conformes aux lois et règlements en vigueur. ".

11. Il n'est pas soutenu que la construction existante ne serait pas raccordée au réseau d'eau potable, alors que le projet prévoit la création d'une salle de bain qui implique seulement un branchement aux canalisation situées à l'intérieur du bâtiment et que le service en charge de la voirie et des réseaux n'a émis aucune observation sur les modalités de raccordement aux réseaux public. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 4 doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article UD7-1-1 du règlement : " Si le nu de la façade du bâtiment existant et/ou projeté, calculé hors saillies ou défoncés, en regard de la voie publique ou privée ou de l'emprise publique, dispose d'une longueur inférieure ou égale à 20 mètres, les constructions peuvent s'implanter : ' Sur les limites séparatives de propriété joignant l'alignement ou sur une de ces limites. Les façades sur les limites séparatives devront être aveugles ou ne comporter que des jours de souffrance au sens du code civil. ' En retrait des limites séparatives de propriété joignant l'alignement ou d'une de ces limites, selon les règles de l'article 7-1-3 ". Aux termes de l'article UD7-1-3 : " Les constructions peuvent s'implanter en retrait d'une ou des limites séparatives, qu'elles joignent ou non l'alignement, et devront s'écarter de ces limites conformément aux règles définies ci-dessous, qui devront être respectées simultanément. Dès lors que cette façade () ou toiture comporte au moins une baie principale (), la distance comptée perpendiculairement et horizontalement de tout point de la construction (façade, toiture, ou les garde-corps et acrotères des terrasses accessibles) au point le plus proche de la limite séparative situé sur le terrain existant du fond voisin, doit être au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points sans pouvoir être inférieure à 8 mètres. Si cette façade, () ou toiture ne comporte que des baies secondaires ou est aveugle (), ou ne dispose que de jours de souffrance au sens du code civil, la distance, comptée perpendiculairement et horizontalement de tout point de la construction (façade, pare-vue, garde- corps ou toiture) au point le plus proche de la limite séparative situé sur le terrain existant du fond voisin, doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points sans pouvoir être inférieure à 3 mètres ".

13. L'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.

14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la façade sud-est qui se compose de deux pans de façade, ne comporte, contrairement à ce que font valoir les requérants que des baies secondaires éclairant des dégagements et un dressing, ainsi que l'indique le plan de coupe et les plans de niveaux. La façade est distante de 3,3 et 4,45 mètres de la limite séparative est, respectant ainsi la distance minimale de trois mètres par rapport à la limite séparative et la règle de prospect imposées par l'article UD 7-1 du règlement du plan local d'urbanisme. Par ailleurs si les requérants soutiennent que la construction existante ne sera pas modifiée par le projet et que le plan de coupe produit indique frauduleusement un dégagement en façade qui n'existe pas, ce qui rendrait le projet non conforme aux marges de retrait de l'article UD7-1-3, il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet, en substituant des baies secondaires à des baies principales, améliorera la conformité de la façade sud-est avec la règle d'urbanisme méconnue et que la fraude n'est pas établie.

15. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'élévation sud-ouest est composée de trois pans de façade distincts. La façade de l'extension en attique projetée en R+2 comporte des baies secondaires éclairant un dégagement. Distante de 9,71 mètres de la limite séparative sud elle est conforme aux dispositions précitées. La distance entre le pan de façade du hall d'accueil appréciée à compter du débord de toiture, est distante de cette même limite de 7,95 mètres. Si les requérants soutiennent que la baie verticale de 2x5 mètres aménagée dans la façade aura vocation à éclairer à la fois le hall d'accueil et le séjour et qu'elle constitue ainsi une baie principale qui impliquerait une distance de 8 mètres, il ressort du plan de niveau du rez-de-chaussée que ces deux pièces ne communiqueront que par un passage d'une largeur d'1,2 mètre et seront séparées par une cloison et des piliers faisant obstacle à l'éclairement direct du séjour par cette baie. Par suite celle-ci doit être regardée comme une baie secondaire. Enfin le troisième pan de façade, distant de 3,10 mètres de la limite séparative sud, ne comporte que des baies secondaires éclairant une salle d'eau, la chambre aménagée en R+1 étant dépourvue d'ouverture sur cette façade. Par suite l'implantation de la façade sud-ouest est conforme aux dispositions de l'article UD 7-1.

16. Enfin si les requérants soutiennent que les travaux aggraveraient la non-conformité initiale de la maison existante au regard des dispositions précitées, ils n'établissent pas en quoi l'implantation des façades méconnait l'article 7-1 du règlement du plan local d'urbanisme.

17. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 7-1 du règlement du plan local d'urbanisme.

18. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que le traitement des façades et le choix des matériaux ne sont pas conformes aux dispositions UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, ce moyen n'est toutefois pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Meudon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais qu'ils ont exposé et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des requérants les sommes que M. A et la commune de Meudon demandent.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la commune de Meudon et par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B D et Mme E D, à la commune de Meudon et à M. C A.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Chaufaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

F.-E. Baude

La présidente,

signé

S. Edert Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.