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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2217411

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217411

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre
Avocat requérantDIAS MARTINS DE PAIVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2208439 du 20 décembre 2022, enregistrée le 22 décembre 2022 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal la requête présentée par M. C E D en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête enregistrée le 9 novembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 13 février 2023, M. D, représenté par Me Dias Martins de Paiva, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de le convoquer en préfecture pour réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 7b et 9 l'accord franco-algérien

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans le cadre du pouvoir général de régularisation du préfet.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 7b et 9 l'accord franco-algérien

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans le cadre du pouvoir général de régularisation du préfet.

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon ;

- et les observations de Me Dias Martins de Paiva représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 29 novembre 1986, entré en France le 7 décembre 2018 sous-couvert d'un visa de court séjour Schengen valable du 31 août 2018 au 28 février 2019 au Pays-Bas, a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 10 octobre 2022 dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". M. D n'établit pas, malgré l'enregistrement de sa requête le 9 novembre 2022, avoir déposé de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, il ne peut être fait droit à sa demande d'attribution de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par M. A B, directeur des migrations, qui disposait d'une délégation consentie par un arrêté n° 78-2022-195 du 23 septembre 2022 du préfet des Yvelines, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département, à l'effet de signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions au nombre desquelles figurent les décisions de refus de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ".

5. En l'espèce, les décisions en litige visent les textes dont elles font application, notamment, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le 3° de l'article 611-1, et celui des relations entre le public et l'administration. Le préfet mentionne notamment, dans ses décisions, les circonstances de faits propres à la situation personnelle de M. D, qui a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Le préfet précise également avoir examiné son admission exceptionnelle au séjour dans le cadre général de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Ces décisions comportent ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles satisfont, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées, doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, en particulier du questionnaire dûment complété, actualisé et signé le 28 novembre 2021 par le requérant, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 précité : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ". Et aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. " Il résulte des stipulations et dispositions précitées que la délivrance à un ressortissant algérien du certificat de résidence portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes et d'un visa long séjour.

8. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. D n'est titulaire ni d'un visa de long séjour, ni d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Dès lors, il ne remplit pas les conditions de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " sur le fondement des stipulations précitées. Ainsi, le préfet des Yvelines a pu, pour ces seuls motifs, refuser de délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié " à M. D, sans méconnaître les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit ainsi être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 précité : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

10. M. D, qui a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié, en soutenant être entré en France le 7 décembre 2018, se prévaut d'une ancienneté de résidence en France de quatre années à la date de l'arrêté en litige. S'il fait valoir que son frère et ses deux sœurs, dont l'une est de nationalité française, résident régulièrement en France, il ne justifie pas de l'existence de liens particuliers avec ces derniers. Surtout, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses deux enfants, mineurs, et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Enfin, il ne démontre pas, par les pièces versées à l'instance, être particulièrement inséré à la société française, notamment sur le plan professionnel, contrairement à ce qu'il soutient. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

11. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet des Yvelines en exerçant son pouvoir discrétionnaire de régularisation doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".

13. Il résulte de ce qui précède que le refus de délivrance du certificat de résidence de M. D n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en l'obligeant à quitter le territoire français, a méconnu le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen doit être écarté

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2: La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E D et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023

Le président-rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseur le plus ancien,

signé

S. Amazouz

La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2217411

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