Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217441

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui demandait l'annulation du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident de dix ans. Le tribunal a estimé que la décision attaquée ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, combinées aux dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En effet, les ressources perçues par M. B sur la période de référence étaient nettement inférieures au salaire minimum de croissance, et la neutralisation de l'année 2020 pour cause de crise sanitaire ne permettait pas de remédier à cette insuffisance. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2022, M. B, représenté par Me Berrebi-Wizman, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 29 septembre 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 3 de l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi.

Le préfet des Hauts-de-Seine, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 10 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lusinier, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 27 novembre 1983, a été muni d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 31 octobre 2018 au 30 octobre 2022. Le 4 août 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 29 septembre 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de faire droit à cette demande.

2. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. ".

3. Il résulte de ces stipulations que l'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et sont nécessaires à sa mise en œuvre. Ainsi, l'accord franco-marocain prévoyant seulement la prise en compte des " moyens d'existence ", il doit être fait référence, pour apprécier les ressources du demandeur d'un titre de séjour valable dix ans sur la période de trois ans précédant sa demande, aux dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquelles l'étranger doit justifier " de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a exercé successivement pour les sociétés de restauration rapide Tristar 2712, Vegeta et Pegase, toutes trois situées à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) en qualité d'employeur polyvalent, puis pizzaiolo. Toutefois, il ne verse au dossier que dix bulletins de salaire pour l'année 2019, dont la rémunération moyenne sur l'année s'élève à la somme mensuelle de 287 euros, onze bulletins de salaire pour l'année 2020, dont la rémunération moyenne sur l'année s'élève à la somme mensuelle de 350 euros, dix bulletins de salaire pour l'année 2021, dont la rémunération moyenne sur l'année s'élève à la somme mensuelle de 642 euros et enfin neuf bulletins de salaire pour l'année 2022, dont la rémunération moyenne sur neuf mois s'élève à la somme mensuelle de 782 euros. Si l'année 2020 doit être neutralisée en raison de la crise sanitaire, les ressources perçues par M. B sur le reste de la période de référence restent nettement inférieures au salaire minimum de croissance et ne sont donc pas suffisantes pour lui permettre d'obtenir un titre de séjour d'une durée de dix ans sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Est à cet égard sans incidence la circonstance qu'il ait été victime d'un accident de trajet le 21 décembre 2017 ayant entraîné une fracture du plateau tibial externe, dès lors qu'il est établi par compte rendu de consultation du 7 mars 2019, émanant du docteur D, que la mobilité de son genou est correcte et sa fracture consolidée. M. B n'est donc pas fondé à soutenir qu'en édictant la décision attaquée, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain susmentionnée.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mmes C et Lusinier, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

V. Lusinier

La présidente,

Signé

C. OriolLa greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière