Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217492

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant sénégalais, qui contestait le refus implicite de renouvellement de son titre de séjour "travailleur temporaire". Le tribunal a requalifié le recours comme dirigé contre la décision explicite de refus du 10 mai 2022, assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Il a jugé cette décision suffisamment motivée et a estimé que le requérant ne justifiait pas d'un contrat de travail pour bénéficier d'un titre "salarié" ni d'une vie privée et familiale suffisamment établie en France pour obtenir un titre sur le fondement de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ou des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet du Val-d'Oise, née le 1er janvier 2022, rejetant sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou un titre de séjour temporaire mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de rejet est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire enregistré le 17 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que la demande de titre de séjour du requérant a été explicitement rejetée et que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 5 janvier 2001 entré en France le 12 mars 2017, a sollicité le 1er septembre 2021 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable jusqu'au 17 décembre 2020. Il a considéré cette demande comme implicitement rejetée à l'issue d'un délai de quatre mois, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la requête susvisée, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite du préfet du Val-d'Oise de rejet de sa demande née le 1er janvier 2022 du silence gardé par l'administration.

2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Il en résulte que les conclusions de M. A, dirigées contre la décision implicite du préfet du Val-d'Oise rejetant sa demande de renouvellement de son titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 10 mai 2022 rejetant explicitement cette demande et faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur l'exception de non-lieu soulevée en défense :

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le litige n'a pas perdu son objet à la suite de l'intervention d'une décision explicite. L'exception de non-lieu soulevée par le préfet du Val-d'Oise ne peut donc qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, l'arrêté du 10 mai 2022 vise les textes dont il fait application, notamment L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les faits sur lesquels il s'appuie. En particulier, il indique que le requérant n'est pas en mesure de fournir un nouveau contrat de travail et ne peut donc se prévaloir des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, cet arrêté, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé et ne méconnaît pas les stipulations des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus.

6. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Si M. A soutient que la décision en litige méconnaîtrait les dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, qui ne produit aucun document en ce sens, aurait présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance desdites dispositions sont inopérants.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () " et aux termes de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. En l'espèce, s'il n'est pas contesté que M. A est présent sur le territoire français depuis 2017 il ne justifie d'un emploi que de septembre 2018 à août 2020 en contrat à durée déterminée pour la société Edelweiss Technologies et de décembre 2020 à août 2021 en contrat à durée déterminée pour la société BK Isol, ce qui ne témoigne pas d'une insertion professionnelle ancienne et stable. Par ailleurs, M. A est célibataire et sans charge de famille, et ne justifie d'aucune insertion sociale en France. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a méconnu les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet du Val-d'Oise n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, entaché son appréciation des conséquences dudit arrêté sur la situation personnelle de M. A d'une erreur manifeste.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation et d'injonction doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les

parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2217492