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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2217629

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217629

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTHOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 29 décembre 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 312-8, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. B, enregistrée le 24 décembre 2022.

Par cette requête, enregistrée sous le n° 2217629, et un mémoire enregistré le 14 février 2023, M. B, représenté par Me Thomas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, si sa demande d'aide juridictionnelle est rejetée, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble de l'arrêté :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne le moyen commun à la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination et la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont, à cet égard, entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le moyen commun à la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français :

- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu consacré à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions des article L. 251-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à ces égards, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

En ce qui concerne la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant néerlandais né le 15 octobre 1996, déclare être entré sur le territoire français en 2001. Par la présente requête, M. B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs à l'ensemble de l'arrêté :

4. En premier lieu, par arrêté n° 22-181 du 30 novembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme A D, cheffe du bureau du contentieux des étrangers de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai avec fixation d'un pays de destination et interdiction de circulation. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

5. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre []. ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant.

7. S'applique en revanche aux arrêtés en litige, le droit d'être entendu avant l'édiction d'une décision défavorable, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ainsi, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

8. M. B soutient qu'il n'a pas été entendu préalablement à la notification de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et qu'il n'a pas pu présenter d'observations écrites, au sens du droit d'être entendu précité, dès lors que le préfet du Val-d'Oise l'a invité, par courrier du 21 décembre 2022, à présenter des observations en vue d'un éventuel éloignement vers la Turquie alors qu'il est de nationalité néerlandaise. Toutefois, il n'est pas établi ni même allégué que M. B aurait été empêché de porter des informations à la connaissance du préfet du Val-d'Oise ni de solliciter un entretien avec ses services dans le cadre de sa demande de délivrance d'un titre de séjour le 10 juin 2021, ni que ces éléments auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision litigieuse. Par ailleurs, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Or, M. B n'établit ni même allègue qu'il aurait introduit un recours à l'encontre de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission au séjour. Enfin, il ressort du courrier du 21 décembre 2022 précité que M. B avait été invité à présenter ses observations en vue d'un éventuel éloignement vers les Pays-Bas et qu'il n'a pas formulé d'observations. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité compétente peut par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° leur comportement personnel constitue du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () . L'autorité compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à sa situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec le pays d'origine. ".

10. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

11. Pour caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le préfet du Val-d'Oise fait valoir que M. B a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Bobigny, le 20 mai 2022, pour les faits de conduite de véhicule terrestre à moteur compromettant la sécurité des usagers ou la tranquillité publique, violation délibérée de la réglementation routière et à une peine de six mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Pontoise, le même jour, pour vol en réunion. Si, comme le soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que la première condamnée précitée a été prononcée le 18 décembre 2019 et la seconde le 17 décembre 2020, il ressort également de son bulletin numéro 2 qu'il a été condamné à une peine d'un an et quatre mois d'emprisonnement, aménagée en détention à domicile sous surveillance électronique, par le tribunal correctionnel de Paris le 1er avril 2021 pour les faits d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, violence aggravée par usage ou menace d'une arme sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, détention non autorisée de stupéfiants, délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre, transport non autorisé de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants et conduite d'un véhicule sans permis, puis à une peine de 105 heures de travaux d'intérêt général par le tribunal correctionnel de Pontoise, le 1er juin 2018, pour les faits de refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, puis à une peine de trois mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Pontoise, le 8 août 2017, pour les faits d'inexécution d'un travail d'intérêt général, puis à une peine de 800 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Pontoise, le 29 mars 2017, pour les faits de conduite d'un véhicule sans permis, puis à une peine de 100 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Pontoise, le 26 octobre 2016, pour les faits de refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, puis à une peine de 450 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Pontoise, le 11 avril 2016, pour les faits de conduite d'un véhicule sans permis, et, enfin, à une peine d'un an d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Pontoise, le 22 juin 2015, pour les faits de violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, violence commise en réunion sans incapacité et participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens. Si M. B se prévaut du caractère ancien de ces faits, dont il ne conteste pas la matérialité, ils permettent, par leur caractère récent, régulièrement réitéré et grave, de considérer que la présence en France de M. B constitue, du point de vue de l'ordre public, une menace suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par ailleurs, si M. B fait valoir qu'il réside en France depuis qu'il est âgé de cinq ans avec ses parents, lesquels disposent d'une carte de résident permanent et d'une carte de résident de dix ans, et ses sœurs, dont il n'est pas établi qu'elles résident sur le territoire français, il se borne à produire une attestation d'hébergement rédigé par son père, au domicile duquel il aurait purgé une peine sous surveillance électronique, et la prolongation de sa rétention administrative à l'issue de sa levée d'écrou, sans produire aucun autre élément justifiant de l'intensité de leurs liens familiaux ni aucun autre élément justifiant d'une vie privée sur le territoire français où il réside depuis plus de vingt ans. Enfin, si M. B se prévaut d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée en tant que chauffeur livreur à compter de sa date de levée d'écrou, il ne produit aucun autre élément justifiant de la réalité et de l'intensité de son intégration sociale. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimer que le comportement de l'intéressé représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à un intérêt fondamental de la société.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Selon l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français () ". L'article L. 233-1 du même code dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

13. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 251-2 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, si les citoyens de l'Union européenne ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1, c'est à la double condition qu'ils aient résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes et qu'ils relèvent de l'une des cinq catégories de citoyens européens mentionnées à l'article L. 233-1 précité.

14. M. B fait valoir qu'à la suite de son entrée en France en 2001, il a résidé sans discontinuer avec son père titulaire d'une carte de résident permanent obtenu le 22 juin 2010 et qu'il a ainsi acquis un droit permanent au séjour à compter du mois de juin 2010. Toutefois, il n'établit pas qu'il relève de l'une des cinq catégories de citoyens européens prévues par les dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, M. B, qui n'entre pas dans le champ d'application desdites dispositions, ne bénéficiait pas d'un droit au séjour permanent en tant que ressortissant néerlandais, disposant de la qualité de citoyen de l'Union européenne. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en vertu des dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne pouvait être légalement prise à son encontre.

15. En quatrième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régit les conditions d'éloignement des seuls ressortissants de pays tiers à l'Union européenne. Dès lors, M. B, ressortissant néerlandais, ne peut utilement soutenir que l'obligation de quitter le territoire français dont il est l'objet contreviendrait à ces dispositions.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement que M. B ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale aux Pays-Bas dès lors qu'il ne justifie pas d'attaches familiales, privées ou professionnelles intenses sur le territoire français. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 11, 14, 15 et 17 du présent jugement que le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis de détournement de pouvoir en adoptant la décision litigieuse obligeant M. B à quitter le territoire français. Par suite, le moyen est écarté.

Sur la décision de refus de délai de départ volontaire :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, doit être écartée.

20. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence () ".

21. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement que le comportement de M. B, dès lors qu'il représente une menace pour un intérêt fondamental de la société française, justifie qu'il y ait urgence à l'éloigner et à, ainsi, le priver de délai de départ volontaire. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'en privant.

Sur la décision fixant le pays de destination :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écartée.

23. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, la décision attaquée retenant les Pays-Bas comme pays de destination de l'éloignement de M. B ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans, doit être écartée.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

26. Eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans, au regard de la menace à l'ordre public qu'il représente et de ce qui a été indiqué au point 11 du présent jugement, notamment l'absence d'élément établissant la réalité d'une vie privée et familiale et d'une intégration intense sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

27. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme Gay-Heuzey et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Vivet, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

Signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

M. VIVET

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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