jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2300068 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MANCIPOZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Paris le 16 et le 23 décembre 2022, et transmise au tribunal administratif de Cergy-Pontoise par une ordonnance n° 2226026/12-3 du 4 janvier 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées le 20 et le 21 février 2023, M. B, représenté par Me Mancipoz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays a` destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire national pour une durée de vingt-quatre mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de prendre toute mesure propre à procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui assortit la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'examiner sa situation à fin de délivrance d'un titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État, la somme de 1800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen sérieux de sa situation et d'erreur manifeste d'appréciation en ce que M. B est intégré professionnellement, vit en France avec ses parents ;
- l'exécution de l'obligation de quitter le territoire ferait obstacle à l'exécution de son contrôle judiciaire qui lui impose de se tenir à disposition de la justice pour les besoins de l'enquête dans laquelle il est mis en examen ;
- elle méconnait son droit d'être entendu garantit par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision interdisant de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en tant que fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. D, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 février 2023 :
- le rapport de M. D ;
- les observations de Me Mancipoz, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant Algérien, né le 27 juin 1991, est entré sur le territoire français le 9 novembre 2017 selon ses déclarations, pour y rejoindre ses parents, sa mère étant de nationalité française et son père titulaire d'une carte de séjour de dix ans. Il y résiderait de manière continue depuis cette date, et déclare travailler depuis le mois de juillet 2020. Par un arrêté en date du 14 décembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé´ le pays a` destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit de retourner sur le territoire national pour une durée de vingt-quatre mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. (). ".
3. La décision attaquée vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de M. B, notamment qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il est dépourvu de document de voyage. Le préfet précise également que la mesure d'éloignement prononcée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé. Ainsi, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si M. B soutient avoir déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès la préfecture des Hauts-de-Seine et que l'absence de mention de cette demande dans la décision attaquée traduirait un défaut d'examen sérieux de sa situation, il résulte des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de son audition sur sa situation administrative du 13 décembre 2022 que l'intéressé a déclaré ne pas avoir présenté de demande de titre de séjour et qu'il avait demandé un rendez-vous pour présenter une demande d'admission exceptionnelle au séjour dans le département des Hauts-de-Seine où il réside. Par suite, le préfet n'était en tout de cause nullement tenu d'examiner la situation du requérant au regard des conditions d'admission exceptionnelle au séjour prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'administration n'était pas saisie d'une telle demande et qu'il n'avait pas droit à l'attribution de plein d'un titre de séjour sur ce fondement. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de ce chef doit ainsi être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. Si M. B soutient qu'il ne lui a pas été laissée la possibilité de faire valoir ses observations préalables, il n'est pas établi ni même allégué que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision contestée notamment au cours de son audition par les services de police le 13 décembre 2022, ni même encore qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, M. B, entré en France le 9 novembre 2017, se prévaut de ses liens familiaux, résidant chez ses parents, et de son insertion professionnelle, travaillant depuis juillet 2020 et en contrat à durée indéterminée depuis octobre 2021. Toutefois, il n'allègue pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans, et déclare être célibataire sans enfant à charge. Dans ces conditions, et en dépit de l'activité professionnelle exercée, au demeurant irrégulièrement, en France par M. B, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sur ce point sa d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les décisions portant refus de délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée du 24 mois :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de la voie d'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant refus de délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.
9. Aux termes l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° il existe des risques que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " () ". Aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
10. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué précise, au regard des articles L. 612-2 et L. 612-6 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les motifs pour lesquels le préfet a prononcé à l'encontre de M. B un refus de délai de départ volontaire et une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, notamment les circonstances qu'il représente une menace pour l'ordre public, son comportement ayant été signalé par les services de police le 13 décembre 2022 pour aide au séjour en bande organisée, et qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France. Dès lors, la décision refusant un délai de départ volontaire au requérant et celle portant interdiction de retour sur le territoire français comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui les fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.
11. En troisième lieu, Il résulte de ce qui a été dit au point 7. que M. B, entré en France le 9 novembre 2017, n'est pas fondé à se prévaloir d'une ancienneté suffisante de ses liens familiaux. Par ailleurs, l'autorité administrative peut, sans porter atteinte au principe de séparation des pouvoirs et à la présomption d'innocence, se baser sur des actes de procédure pénale n'étant pas des condamnations définitives pour constater l'existence d'une menace pour l'ordre public justifiant qu'aucun délai de départ volontaire ne soit pas accordé à l'étranger et que celui-ci fasse l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. En l'espèce, le préfet de police de Paris s'est basé sur un signalement pour des faits d'aide au séjour en bande organisée, ayant donné lieu à une mise en examen et un placement sous contrôle judiciaire. Dans ces conditions, et en dépit de l'activité professionnelle exercée en France par M. B, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision de refus de délai de départ volontaire et d'interdiction de retour d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais du litige :
13. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens présentés par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. D La greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026