Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300120

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300120
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant par ordonnance, était saisi par M. A d’une requête en excès de pouvoir contre la décision "48 SI" du 28 juin 2022 constatant l’invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que contre plusieurs décisions de retrait de points. Le tribunal a constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision "48 SI" et le retrait de points du 22 avril 2020, ces décisions ayant été retirées par l’administration. Il a rejeté comme irrecevables les conclusions contre les retraits de points des 17 avril 2018, 16 octobre 2019 et 23 juillet 2020, les points ayant été restitués. Enfin, il a rejeté le surplus des conclusions, notamment celles relatives aux infractions des 9 mai 2018, 6 février 2020, 23 février 2020 et 6 juin 2020, en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et de l’article 529-2 du code de procédure pénale, au motif que les moyens soulevés étaient manifestement infondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Lesage, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 28 juin 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que la décision du 31 octobre 2022 de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points du capital affecté à son permis de conduire à la suite des infractions au code de la route commises les 17 avril 2018, 9 mai 2018, 16 octobre 2019, 6 février 2020, 23 février 2020, 22 avril 2020, 6 juin 2020 et le 23 juillet 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points sur son permis de conduire à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision de retrait de points relative à l'infraction constatée le 22 avril 2020 ne figure plus sur le relevé d'information intégral ; les conclusions dirigées contre cette décision sont donc devenues sans objet ;

- la décision " 48SI " a été retirée ; les conclusions dirigées contre cette décision sont donc devenues sans objet ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. "

2. Par décision " 48 SI " du 28 juin 2022, le ministre de l'intérieur a constaté que le nombre de points du permis de conduire de M. A était nul et a, par suite, prononcé l'invalidation de ce permis. M. A demande l'annulation des différents retraits de points prononcés et de la décision " 48 SI " susmentionnée.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte tant des écritures du ministre de l'intérieur et des outre-mer que des mentions du relevé d'information intégral édité le 12 avril 2023 que le permis de conduire de M. A a retrouvé sa validité et que les mentions relatives à l'infraction du 22 avril 2020 ont été supprimées. Ce relevé intégral ne mentionne également plus la décision "'48 SI'" du 28 juin 2022 qui, dès lors, doit être regardée comme ayant été retirée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer en vertu du 3° de l'article R. 222-1 précité du code de justice administrative.

Sur la recevabilité :

4. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que les points retirés à la suite des infractions constatées les 17 avril 2018, 16 octobre 2019 et le 23 juillet 2020 ont été restitués en application de l'article L. 223-6 du code de la route. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

6. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivants, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public.

S'agissant de l'infraction commise le 9 mai 2018 (3 points) :

7. Il résulte de l'instruction, notamment des écritures du ministre de l'intérieur et des outre-mer et du relevé d'information intégral versé à l'instance, que l'infraction commise par M. A le 9 mai 2018 a donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire. Si l'administration ne produit, s'agissant de cette infraction, ni le procès-verbal électronique ni l'attestation de paiement établie par le comptable public, l'indication du paiement de l'amende forfaitaire sur le relevé intégral de M. A, formalisé pour cette infraction par la mention " AF amende forfaitaire ", suffit à établir que l'intéressé a nécessairement été mis en possession d'un avis de contravention et d'une carte de paiement, dont la détention est indispensable pour payer les amendes forfaitaires. Par suite, alors que M. A n'apporte aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations pertinentes lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté comme manifestement infondé s'agissant de cette infraction.

S'agissant de l'infraction commise le 6 février 2020 (4 points) :

8. Il résulte de l'instruction, que l'infraction commise le 6 février 2020 a été constatée par radar automatique et a donné lieu, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire, à un avis d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit en défense l'avis de contravention transmis par l'officier du ministère public que M. A a envoyé dans le cadre de sa requête en exonération à l'encontre de cette infraction. Cet avis permet d'établir que les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été régulièrement délivrées à l'intéressé à l'occasion de cette infraction. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté comme manifestement infondé s'agissant de cette infraction.

S'agissant des infractions commises le 23 février 2020 (3 points) et le 6 juin 2020 (6 points) :

9. L'omission de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal, qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance, et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester.

10. Il résulte de l'instruction que, s'agissant de l'infraction constatée le 23 février 2020, M. A a fait l'objet d'une condamnation pénale prononcée le 21 avril 2022 par le tribunal de police de Paris, portant sur le retrait de trois points du capital de son permis de conduire, en raison du dépassement d'un véhicule par la droite. L'infraction constatée le 6 juin 2020 a fait l'objet d'une décision sans restriction du droit de conduire par le tribunal de police de Paris le 1er décembre 2021, en raison du dépassement d'un véhicule par la droite et d'un changement de direction sans avertissement préalable. M. A n'établit ni même n'allègue avoir contesté ces jugements, qui sont donc devenus définitifs. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve de ce que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté comme manifestement infondé s'agissant de ces infractions.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

11. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier que M. A a réglé l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction commise le 9 mai 2018, qu'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée a été émis à raison des infractions du 6 février 2020 et du 23 février 2020, devenu définitif et que l'infraction du 6 juin 2020 a été constatée par une ordonnance pénale devenue définitive. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions est, dès lors, établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route.

12. Le surplus des conclusions de la requête de M. A ne comporte que des moyens manifestement infondés et n'étant assortis que de faits insusceptibles de venir à leur soutien. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter ce surplus, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les autres conclusions :

13. Par voie de conséquence du rejet du surplus de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent également être rejetées, de même que ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Cergy, le 29 juillet 2024.

La présidente de la 7ème chambre

signé

E. Drevon-Coblence

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.