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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2300276

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300276

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, M. B A, représenté par Me de Sèze, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 8 novembre 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, avec effet depuis leur cessation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me de Sèze, qui sera autorisé à en percevoir directement le recouvrement.

M. A soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;

- est illégale, dès lors que le contenu du questionnaire fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 est lui-même illégal ;

- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a pas manqué à ses obligations de présentation aux autorités ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la modulation du degré de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.

Par une décision en date du 3 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision, en date du 8 novembre 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

3. La décision dont l'annulation est demandée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.

5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

6. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est tenu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de procéder, dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 du même code, à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec le demandeur d'asile qu'à l'occasion de l'enregistrement de la première demande d'asile de celui-ci. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration expose que M. A a bénéficié, le 10 juin 2020, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien effectué par une auditrice " asile " et dans une langue qu'il comprend, en l'espèce le dari, durant lequel sa situation a été évaluée. La fiche d'évaluation de vulnérabilité correspondant à cet entretien est produite par l'Office, il en ressort que si M. A a alors indiqué " dormir à la rue " il n'a pas déclaré avoir de problèmes de santé. Par ailleurs, le 21 octobre 2022, soit moins de trois semaines avant la décision attaquée, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un nouvel entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec M. A, en présence d'un interprète en langue dari. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité dressée à cette occasion que le requérant a alors déclaré qu'il n'était pas hébergé mais il n'a fait état d'aucun handicap ou problème de santé, n'a produit aucun document médical et ne s'est pas vu remettre de certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Enfin, M. A, qui est né le 1er janvier 1991, n'a joint à sa requête aucun document médical. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé, avant d'édicter la décision contestée, à l'évaluation de la vulnérabilité du requérant ne peut qu'être écarté.

7. Aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que les entretiens des 10 juin 2020 et 21 octobre 2022 n'auraient pas été conduits par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin, ainsi que le prescrit l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L''Office français de l'immigration et de l'intégration fait, par ailleurs, valoir que la fonction des auditeurs " asile " " est de recevoir et d'évaluer les demandeurs ".

8. Aux termes de l'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. ".

9. Le requérant ne saurait utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris en application des dispositions rappelées ci-dessus, la décision attaquée n'ayant pas été prise pour son application.

10. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté notifié le 10 juillet 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné le transfert de M. A aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et que la requête formée par l'intéressé et dirigée contre cet arrêté a été rejetée par un jugement du magistrat désigné par le président du Tribunal du 14 août 2020. L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient que le requérant s'est abstenu de se présenter aux autorités le 20 octobre 2020 " afin d'exécuter l'arrêté de transfert dont il faisait l'objet " et qu'il " n'a pas non plus procédé au renouvellement de son attestation de demande d'asile entre le 9 novembre 2020 et le 21 octobre 2022 ". L'Office ajoute que M. A ne fournit aucune raison permettant de " justifier légitimement " ces manquements. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a joint à son mémoire en défense la copie d'une convocation en date du 6 octobre 2020 adressée ou remise en main propre par le bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine à M. A pour le 20 octobre 2020 à 12 heures, laquelle indique : " Le porteur de ce document est informé qu'en cas d'absence à cette convocation, il sera déclaré en fuite " et un document intitulé " Déclaration en fuite " qui mentionne : " Manquement à la convocation-interpellation du 20 octobre 2020 ". Le requérant, qui n'a pas produit de mémoire en réplique, ne conteste pas avoir été informé en temps utile de la convocation, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut, dès lors, qu'être écarté. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil. Ce manquement pouvait justifier, sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 2, lorsque, comme en l'espèce, le demandeur d'asile ne se trouve pas dans une situation de vulnérabilité particulière, une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

11. Si les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et acceptées initialement par le demandeur d'asile peuvent être modifiées, en fonction notamment de la situation de celui-ci ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'obligation de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil acceptées initialement. La circonstance que la demande d'asile de M. A a été enregistrée en " procédure accélérée " le 26 septembre 2021 n'imposait donc pas à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de maintenir ou de rétablir à l'intéressé les conditions matérielles d'accueil qu'il avait acceptées le 2 septembre 2021.

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A se trouvait, lorsqu'il a présenté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dans une situation d'une particulière vulnérabilité, qui justifierait l'annulation de cette décision pour erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

13. Il n'en ressort pas non plus qu'en décidant d'opter pour un refus total, comme le permet l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non partiel, des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy aurait commis une erreur d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

16. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Viain, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

Le premier conseiller,

signé

T. VIAIN

La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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