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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2300426

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300426

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAUDALYS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 10 janvier 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête de Mme C B, enregistrée au greffe de ce tribunal le 2 novembre 2022, au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par cette requête, Mme B, représentée par Me Peterson, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 avril 2022 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé son licenciement pour inaptitude ; ensemble la décision implicite par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique présenté contre l'autorisation de son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les décisions sont entachées d'erreur d'appréciation, dès lors que la recherche de reclassement a été insuffisante et que la demande d'autorisation de licenciement présentait un lien avec ses fonctions représentatives.

Par un mémoire, enregistré le 19 juillet 2023, la Fondation Santé Service, représentée par Me Appenzeller, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 23 août 2023, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Par une ordonnance du 20 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M Simon Bourragué,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- et les observations de Me Lamartinie, pour la Fondation Santé Service.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a été recrutée le 13 octobre 2015 en contrat à durée indéterminée par la Fondation Santé Service en qualité d'infirmière. Elle était titulaire du mandat d'élue membre titulaire au comité social et économique (CSE). Le 7 février 2022, la Fondation Santé Service a demandé à l'inspectrice du travail l'autorisation de licencier Mme B pour inaptitude. Par une décision du 4 avril 2022, l'inspectrice du travail a autorisé ce licenciement. Le 27 mai 2022, Mme B a exercé un recours hiérarchique auprès du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion. Le silence gardé par le ministre sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet le 27 juillet 2022. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1226-2 du code du travail : " " Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. () Cette proposition prend en compte, après avis du comité social et économique lorsqu'il existe, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur la capacité du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en oeuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. ". L'article L. 1226-2-1 du même code prévoit que : " Lorsqu'il est impossible à l'employeur de proposer un autre emploi au salarié, il lui fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent à son reclassement. L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. L'obligation de reclassement est réputée satisfaite lorsque l'employeur a proposé un emploi, dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, en prenant en compte l'avis et les indications du médecin du travail. () ".

3. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que l'employeur a, conformément aux dispositions citées ci-dessus de l'article L. 1226-2 du code du travail, cherché à reclasser le salarié sur d'autres postes appropriés à ses capacités, le cas échéant par la mise en œuvre, dans l'entreprise, de mesures telles que mutations ou transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail. Le licenciement ne peut être autorisé que dans le cas où l'employeur n'a pu reclasser le salarié dans un emploi approprié à ses capacités au terme d'une recherche sérieuse, menée tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel.

4. Mme B soutient que la Fondation Santé Service a manqué de sérieux et de loyauté dans sa recherche de reclassement, dès lors que cette recherche a débuté le 28 octobre 2021, soit plus de deux ans après la date d'émission de son certificat d'inaptitude du 9 juillet 2019. Il ressort toutefois des pièces du dossier que son employeur a entamé des démarches afin de la reclasser dès le mois de septembre 2019. Il ressort également des pièces du dossier que ces recherches ont conduit son employeur, après un avis favorable du CSE, à proposer, le 25 novembre 2021, quatre postes à la requérante, laquelle n'a pas donné suite à ces propositions. Mme A a ensuite refusé le seul poste restant, après que les trois autres aient été pourvus régulièrement. Enfin, si Mme B soutient que l'inspectrice du travail a considéré, à tort, que l'avis d'inaptitude était daté du 9 juillet 2021, et considéré cette date comme point de départ de la recherche de reclassement, il ressort des pièces du dossier qu'il s'agit là d'une erreur de plume qui n'a eu aucune incidence sur la décision attaquée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son employeur n'a pas recherché à la reclasser dans un emploi approprié à ses capacités au terme d'une recherche sérieuse, ou qu'il aurait empêché l'exercice normal du mandat de l'intéressée en ne respectant pas ses obligations de reclassement. L'inspectrice du travail et le ministre ont ainsi pu, sans entacher leurs décisions d'une erreur d'appréciation, estimer que la Fondation Santé Service avait satisfait à son obligation de reclassement.

5. En second lieu, en vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'administration de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé sans rechercher la cause de cette inaptitude. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.

6. Si Mme B se prévaut de l'existence d'un lien entre la demande d'autorisation de licenciement et son mandat, elle ne l'établit pas, en se bornant à indiquer que son inaptitude est liée à l'absence de mesures prises par son employeur pour lui fournir un coussin lombaire pour son véhicule, moyen au demeurant inopérant. Par ailleurs, ainsi que cela a été dit au point 4, la recherche de reclassement par son employeur a débuté dès la connaissance de l'inaptitude de l'intéressée. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la demande d'autorisation de licenciement pour inaptitude aurait un lien avec le mandat de membre élue titulaire au CSE dont elle était investie. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 4 avril 2022 et de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. D'une part, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais liés à l'instance et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la Fondation Santé Service sur le fondement des mêmes dispositions.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la Fondation Santé Service sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la Fondation Santé Service.

Copie sera adressée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

S. Bourragué La présidente,

signé

C. Bories

La présidente,

C. Van Muylder La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300426

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