Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300750

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule la décision implicite de rejet du préfet des Hauts-de-Seine refusant à Mme C, ressortissante tunisienne, la délivrance d’une carte de résident. Le tribunal retient un défaut de motivation, le préfet n’ayant pas communiqué les motifs de sa décision implicite dans le délai d’un mois suivant la demande de l’intéressée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration. Il enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l’attente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2023, Mme B C épouse A, représentée par Me Toujas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur sa demande du 14 février 2022 tendant à la délivrance d'une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C épouse A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet opposée à sa demande de carte de résident ;

- elle méconnait l'article 1er et le troisième alinéa de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine indique que la requête n'appelle pas d'observations particulières de sa part.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jacquinot été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré, présentée pour M. C par Me Toujas, a été enregistrée le 17 septembre 2024 à 14h30.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, de nationalité tunisienne, fait valoir être entrée sur le territoire français le 10 décembre 2017 sous couvert d'une passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " passeport talent (famille) " accompagnée de ses deux enfants pour rejoindre son époux, alors titulaire d'une carte de séjour " passeport talent ". Le 16 janvier 2018, une carte de séjour pluriannuelle " passeport talent famille " valable jusqu'au 15 janvier 2022 lui a été délivrée. Le 27 décembre 2022, elle a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Le 11 février 2021, le juge des référés a ordonné à ce que lui soit délivré d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour portant autorisation de travail. Ce récépissé lui a été délivré le 1er mars 2022 et renouvelé les 1er juillet et 29 septembre 2022. Le 14 février 2022, elle a demandé la délivrance d'une carte de résident. Le 22 novembre 2022, lui a été délivré une carte de séjour pluriannuelle de deux ans portant la mention " vie privée et familiale ". Mme C épouse A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". La décision par laquelle un préfet rejette une demande de titre de séjour constitue une mesure de police qui doit être motivée en application de ces dispositions. Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse A a demandé, par un courrier réceptionné par les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 19 janvier 2023, la communication des motifs du refus de sa demande de titre de séjour née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur sa demande de carte de résident reçue en préfecture le 14 février 2022. Dès lors que l'administration n'a pas répondu à cette demande dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, Mme C épouse A est fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à lui conformément aux dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme C épouse A est fondée à solliciter l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard à la nature du moyen d'annulation retenu, les moyens de légalité interne n'étant pas fondés en l'état de l'instruction, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme C épouse A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Mme C épouse A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de Mme B C épouse A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la demande de Mme B C épouse A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à Mme B C épouse A la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. Jacquinot

Le président,

Signé

T. Bertoncini La greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.