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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2300994

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300994

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBRUN - CESSAC ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C, qui demandait l'annulation de la délibération du 29 novembre 2022 par laquelle la commune de Courbevoie a approuvé la cession de biens immobiliers. Le tribunal a jugé que les membres du conseil municipal avaient reçu une information suffisante, conformément aux articles L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, et que les autres moyens soulevés n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris celles relatives à la communication de documents, jugées irrecevables car ne relevant pas de l'office du juge de l'excès de pouvoir.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 22 janvier 2023, le 28 décembre 2023, le 10 octobre 2024 et le 14 avril 2025, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2022-3 du 29 novembre 2022 de la commune de Courbevoie portant " cession des bâtiments sis 5 rue Adélaïde " ;

2°) d'enjoindre à la commune de Courbevoie de lui communiquer les documents sollicités par courrier du 5 décembre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération du 29 novembre 2022 est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'une information suffisante du conseil municipal ;

- elle méconnaît le plan local d'urbanisme (PLU) applicable dans la commune ;

- elle est illégale en ce qu'elle modifie les conditions de la cession initialement négociée ;

- la commune de Courbevoie doit lui communiquer les pièces qu'il avait sollicité par un courrier du 5 décembre 2022 notamment le diagnostic mérule et la facture des travaux de retrait.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mai 2023 et le 14 mars 2024, la commune de Courbevoie représentée par Me Cessac conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet des conclusions, et à ce que soit mise à la charge de M. C la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. C ne dispose pas d'un intérêt lui donnant qualité à agir ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Par un courrier du 20 mars 2025 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins qu'il soit enjoint à la commune de Courbevoie de lui communiquer les documents qu'il a sollicité par courrier du 5 décembre 2022 dès lors qu'elles ne relèvent pas de l'office du juge administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère ;

- les conclusions de Mme Louazel, rapporteure publique ;

- les observations de Me Baudinaud substituant Me Cessac et représentant la commune.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 13 octobre 2021 la commune de Courbevoie a approuvé la cession, au prix de 2 205 000 euros net vendeur, des biens situés au 5 rue Adélaïde de la commune à la société Pierre Rénovation Tradition, ce qui a conduit à la signature d'une promesse de vente le 17 décembre 2021 et au versement d'une indemnité d'immobilisation. Toutefois, à la suite de visites d'hommes de l'art en vue de la signature de l'acte définitif, il a été constaté la présence de champignons. Ainsi, après avoir sollicité les services du domaine afin qu'ils établissent un nouvel avis, la commune de Courbevoie a, par une délibération du 29 novembre 2022 abrogé la délibération du 13 octobre 2021, de nouveau approuvé la cession des biens et droits immobiliers situés au 5 rue Adélaïde au prix de 1 714 500 euros net vendeur au profit de la même société ainsi que de l'une de ses filiales, la société financière du sud, et a autorisé le maire à signer un protocole transactionnel avec la société acquisitrice afin de constater la résolution de la promesse de vente signée le 17 décembre 2021 et à restituer l'indemnité d'immobilisation. Par cette requête le requérant demande au tribunal d'annuler cette délibération.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la délibération du 29 novembre 2022 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Aux termes de l'article L. 2121-12 de code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ". Aux termes de l'article L. 2241-1 du même code: " Le conseil municipal délibère sur la gestion des biens et les opérations immobilières effectuées par la commune, sous réserve, s'il s'agit de biens appartenant à une section de commune, des dispositions des articles L. 2411-1 à L. 2411-19. () Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité. ".

3. Il est constant que tous les membres du conseil municipal de la commune de Courbevoie ont été destinataires d'une convocation à la tenue d'une séance publique du conseil municipal du jeudi 29 novembre 2021, de l'ordre du jour de cette séance accompagné d'un résumé du projet, de l'avis du domaine du 21 octobre 2022, de l'offre de la société Pierre rénovation tradition du 26 octobre 2022 et l'avis de la commission du cadre de vie, du patrimoine et de l'urbanisme du 21 novembre 2022. Le requérant soutient que l'information des membres du conseil est insuffisante dès lors qu'ils n'ont pas reçu d'informations concernant les motivations de la commune vis à vis des objectifs inscrits au PADD et au PLU, concernant la sélection de l'acquéreur, le règlement de copropriété et l'état descriptif de divisons et des lots annexés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les membres du conseil municipal ont été mis en mesure d'appréhender le contexte, de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées ainsi que de mesurer les implications de leurs décisions notamment au regard des conditions de ventes et de ses caractéristiques essentielles sans que les documents litigieux n'aient été nécessaires à cette information. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information des membres du conseil municipal préalablement à l'adoption de la délibération contestée, ne peut être qu'écarté.

4. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir du contenu du plan local d'urbanisme dès lors que la décision attaquée se borne à autoriser la cession d'un bien appartenant à la commune. Par suite, le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

5. En dernier lieu, les seules circonstances tirées de la modification de la consistance de la vente et de son prix, ce dernier étant au surplus conforme à l'avis émis par France domaine le 21 octobre 2022, ne peuvent suffire à regarder la décision attaquée comme étant illégale. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation de la délibération du 29 novembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Il n'appartient pas au juge administratif, en dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, de se prononcer sur des conclusions autres que celles tendant à l'annulation d'une décision ou à la condamnation d'une personne publique au versement d'une somme d'argent. Dès lors, en lui demandant d'enjoindre à la commune de Courbevoie de lui communiquer les documents sollicités par un courrier du 5 décembre 2022, le requérant saisit le tribunal de conclusions qui ne relèvent pas de l'office du juge administratif, auquel il n'appartient pas de faire œuvre d'administrateur. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Courbevoie, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Courbevoie.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Il est mis à charge de M. C la somme de 1 000 euros à verser à la commune de Courbevoie au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. C et à la commune de Courbevoie.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère.

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

La rapporteure,

signé

C. GoudenècheLe président,

signé

G. Thobaty

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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