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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2301026

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301026

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLESUEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 janvier 2023 et le 13 janvier 2025, Mme A D représentée par Me Lesueur demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2021 par laquelle la commune de Montrouge a refusé de régulariser sa situation au regard des cotisations de retraite complémentaire au cours de la période allant de 1984 à 1990, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux exercé le 22 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Montrouge de déclarer rétroactivement son activité au cours de la période allant de 1984 à 1990 auprès de l'IRCANTEC et de verser les cotisations correspondantes en vue de la reconstitution des droits à pension dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner la commune de Montrouge à verser à la requérante la somme de 5 000 euros correspondant aux préjudices moraux et troubles dans ses conditions d'existence qu'elle estime avoir subis ainsi la somme correspondant à la totalité des charges patronales et salariales qui auraient dû être versées à l'IRCANTEC au titre de son activité de 1984 à 1989, augmentée de la différence entre la pension de retraite complémentaire annuelle dont elle aurait dû bénéficier et la pension de retraite annuelle qu'elle perçoit effectivement, multipliée par 29,5 ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Montrouge la somme 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 23 septembre 2021 est entachée d'incompétence ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

- elles méconnaissaient les dispositions des articles 1er, 3 et 5 du décret n° 70-1277 du 23 décembre 1970 portant création d'un régime de retraite complémentaire des assurances sociales et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la responsabilité de la commune doit être engagée du fait de sa carence fautive, de l'illégalité fautive de la décision du 23 septembre 2021 et de la décision implicite, de son mutisme et du fait qu'elle n'est pas spontanément régularisée sa situation ;

- elle a subi du fait des fautes un préjudice moral qu'elle évalue à un montant de 2 000 euros, des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle évalue à un montant de 3 000 euros et des préjudices financiers correspondant à la différence entre la pension de retraite complémentaire annuelle dont elle aurait dû bénéficier et la pension de retraite annuelle dont elle bénéficie effectivement, multipliée par le nombre d'années qui séparent l'âge auquel elle a commencé à percevoir sa pension de retraite et l'âge correspondant à l'espérance de vie moyenne d'une femme de son âge ainsi que la somme correspondant équivalente à la totalité des charges patronales et salariales qui auraient dû être versées à l'IRCANTEC au titre de son activité de 1984 à 1989.

La requête a été communiquée le 31 janvier 2023 à la commune de Montrouge qui n'a pas produit d'observations en défense.

Les parties ont été informées, par un courrier du 30 janvier 2025, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen d'ordre public, soulevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et celles aux fins d'injonction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 70-1277 du 23 décembre 1970 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, rapporteure,

- et les conclusions de Mme C, rapporteuse publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, a été employé de 1984 à 1994 par la commune de Montrouge, en tant qu'agent non titulaire, sur un emploi de professeur d'alphabétisation. Ayant fait valoir ses droits à la retraite à compter du 1er avril 2020, la requérante a demandé à la commune à de multiples reprises de régulariser sa situation dès lors que la commune ne l'avait pas affiliée au régime complémentaire géré par l'IRCANTEC pour les six premières années de service. Par une décision du 23 septembre 2021 la commune de Montrouge doit être regardée comme ayant refusé de régulariser sa situation. Par un courrier du 22 septembre 2022 la requérante a formé un recours gracieux contre cette décision et a demandé à la commune de l'indemniser des préjudices nés de cette carence. En l'absence de réponse des décisions implicites de rejet sont nées. La requérante demande au tribunal l'annulation de ces décisions et de l'indemniser.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction et eu égard au mémoire complémentaire enregistré le 13 janvier 2024 que la commune de Montrouge a régularisé la situation de Mme D de sorte les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées et à ce qu'il soit enjoint à la commune de déclarer rétroactivement son activité au cours de la période allant de 1984 à 1990 auprès de l'IRCANTEC et de verser les cotisations correspondantes en vue de la reconstitution des droits à pension sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Montrouge :

3. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction qu'en ne régularisant pas la situation de Mme D de manière spontanée et en ne répondant de manière expresse à sa demande de régularisation la commune est commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité.

4. En second lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 70-1277 du 23 décembre 1970 applicable au cours de la période litigieuse : " Les agents non titulaires de l'Etat et des collectivités publiques définies à l'article 3 bénéficient, à titre complémentaire, du régime général ou du régime agricole des assurances sociales, d'un régime de retraite par répartition dans les conditions définies par le présent décret. () ". Aux termes de l'article 3 de ce même décret sur cette période : " Le régime complémentaire géré par l'I.R.C.A.N.T.E.C. s'applique à titre obligatoire : a) Aux administrations, services et établissements publics de l'état, des départements et des communes ; () ". Aux termes de l'article 5 du même décret sur cette période : " 1° Pour bénéficier du régime institué par le présent décret, les personnels des collectivités visées à l'article 3 doivent remplir les conditions suivantes : Etre âgé de plus de seize ans et ne pas avoir atteint la limite d'âge fixée par les lois et règlements en vigueur. Ne pas être affilié, pour les mêmes services, à l'un des régimes légaux de retraite institué en faveur des agents de l'Etat ou à un régime de retraite institué en faveur des agents des collectivités locales ou à l'un des autres régimes spéciaux de retraite fonctionnant en application des dispositions des articles 61 ou 65 du décret n° 46-1378 du 8 juin 1946 modifié ; Exercer leurs fonctions sur le territoire de la France métropolitaine () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a exercé les fonctions de professeur en tant qu'agent non titulaire auprès de la commune de Montrouge au cours de la période allant de 1984 à 1994. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'alors que la requérante remplissait les conditions prévues par les dispositions de l'article 5 du décret du 23 décembre 1970 et bénéficiait ainsi du droit d'être affiliée à l'IRCANTEC au titre de cette activité la commune de Montrouge a omis de l'affilier et de payer les cotisations dues au titre de cette retraite complémentaire auprès de l'organisme IRCANTEC au titre de la période allant de 1984 à 1990. Ainsi la commune de Montrouge a commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité d'une part en omettant de l'affilier et de régler les cotisations dues auprès de l'IRCANTEC dans le cadre d'un régime de retraite complémentaire et d'autre part elle a également commis une illégalité fautive en refusant de régulariser sa situation.

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices subis :

6. En premier lieu, ainsi qu'il a été énoncé au point 5, la commune de Montrouge a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis par Mme D, à raison de ces fautes, en évaluant ce préjudice à la somme de 1 500 euros.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction et eu égard à ce qui a été énoncé précédemment concernant les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction que la commune de Montrouge a régularisé la situation de la requérante de sorte que les préjudices financiers dont se prévaut la requérante ne sont pas certains et ne peuvent ainsi donner lieu à une indemnisation.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Montrouge la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et celles aux fins d'injonction de Mme D.

Article 2 : La commune de Montrouge est condamnée à verser à Mme D la somme de 1 500 euros au titre des préjudices subis.

Article 3 : La commune de Montrouge versera à Mme D la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la commune de Montrouge.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La rapporteure,

signé

C. GoudenècheLe président,

signé

G. Thobaty

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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