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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2301442

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301442

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantISRAEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 février, le 31 mars et le 5 avril 2023, M. B D, représenté par Me Israel, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine portant assignation à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire est entaché d'un défaut de motivation, de l'incompétence du signataire de l'acte, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant assignation à résidence porte atteinte à son droit à se soigner.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à la tardiveté des conclusions dirigées contre l'assignation à résidence, au renvoi en formation collégiale des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour, et au rejet du surplus de la requête.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 avril 2023 :

- le rapport de Mme A ;

- et les observations de Me Israel, représentant M. D, présent, et du requérant, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens, et ajoute que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3,9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le défaut de traitement entraînerait des conséquences d'une extrême gravité sur son état de santé, et qu'il est indispensable pour son équilibre que son traitement se poursuive en France, compte tenu du suivi mis en place et de son isolement en République Démocratique du Congo (RDC).

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant congolais né le 26 janvier 1992 à Kinshasa (RDC) est entré en France en 2014 selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour soins le 31 mai 2022. Par un arrêté du 22 décembre 2022, notifié le 1er février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, notifié le 1er février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours. M. D demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " () Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. "

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au président du tribunal administratif, ou au magistrat désigné par lui, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision d'assignation à résidence ainsi que sur celles tendant à l'annulation de la décision d'éloignement qu'elle accompagne. Dès lors, il y a lieu de statuer, dans la présente instance, sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2022 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence. En revanche, aucune disposition légale ou règlementaire ne donne compétence à ce magistrat pour se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions du requérant dirigées contre la décision lui refusant un titre de séjour ne relèvent pas de la compétence du magistrat statuant en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative. Ces conclusions, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent, doivent donc être réservées jusqu'en fin d'instance, pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux établis le 23 juin 2022 et le 21 février 2023 par un praticien hospitalier du service de psychiatrie et d'addictologie de l'hôpital Louis-Mourier de Colombes, d'une part, que M. D est suivi dans ce établissement depuis janvier 2017 pour un état dépressif majeur d'intensité sévère avec des éléments de syndrome post-traumatique, et que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire, compte tenu de son isolement en RDC, de son équilibre psychique précaire et de l'importance de la stabilité de son accompagnement médical pour son amélioration clinique. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision litigieuse, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions citées au point 4.

6. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français doivent être annulées.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de l'assignation à résidence :

7. Aux termes de l'article R. 776-4 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de recours contentieux contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 en cas de placement en rétention administrative ou d'assignation à résidence en application des articles L. 731-1 ou L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de quarante-huit heures. Ce délai court à compter de la notification de la décision par voie administrative. ". Aux termes de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 22 décembre 2022 portant assignation à résidence, qui comportait l'indication des voies et délais de recours, a été notifié à M. D le 1er février 2023 à 11h10 par voie administrative. Cette notification régulière a fait courir le délai de recours contentieux de quarante-huit heures. Dans ces conditions, ce délai était expiré à la date du 31 mars 2023 à laquelle le mémoire complémentaire par lequel il demande l'annulation de cette décision a été enregistré au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Dès lors, les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation de cet arrêté sont tardives et doivent être rejetées.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 décembre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire dans un délai de trente jours, qu'il fixe le pays de destination et qu'il lui interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

11. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français faite à M. D implique, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de procéder au réexamen de la situation du requérant et, dans l'attente, qu'il soit muni d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir M. D d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. D dirigés contre la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 22 décembre 2022 lui refusant un titre de séjour sont renvoyées devant une formation collégiale.

Article 2 : L'arrêté du 22 décembre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire dans un délai de trente jours, qu'il fixe le pays de destination et qu'il lui interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. ALe greffier,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°23014420

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