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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2301454

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301454

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBAPCERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er février 2023, 26 avril 2023 et 10 décembre 2023, ainsi que des pièces complémentaires, reçues le 25 avril 2023, Mme C B, représentée par Me Bapceres, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, ensemble la décision du 30 novembre 2022 ayant rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui faire une proposition de logement adapté à ses besoins et à ses capacités dans le délai de deux mois ou, à défaut, d'enjoindre à la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine de réexaminer son recours amiable dans le délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État au bénéfice de son conseil la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son logement actuel n'est pas adapté au handicap de ses enfants, qu'il est mal isolé phoniquement, que l'environnement est bruyant, que l'appartement est situé au sixième étage avec un ascenseur régulièrement en panne et qu'il est doté de nombreux balcons qui sont sources de dangers pour ses enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le moyen n'est pas fondé ;

- en tout état de cause, la commission de médiation aurait pu refuser sur un autre motif, en l'espèce l'insuffisance de démarches préalables, la requérante n'établissant aucune démarche vis-à-vis de son bailleur pour l'adaptation de l'appartement ou une demande de mutation.

Vu :

- la demande d'aide juridictionnelle déposée par Mme B le 30 août 2023 devant le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 28 septembre 2022, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable présenté par Mme B tendant à voir reconnaitre sa demande de logement social comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence. Elle a également rejeté, le 30 novembre 2022, le recours gracieux de l'intéressée contre cette décision. Mme B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Et aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau () ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 30 août 2023 auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre d'office Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir ". Aux termes du premier alinéa du II de l'article L. 441-2-3 : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114 () ".

5. Ces dispositions sont complétées par celle du deuxième alinéa de l'article R. 441-14-1 du même code, qui dispose que " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

6. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code.

7. Il résulte de l'instruction que, pour rejeter le recours amiable de Mme B, la commission de médiation a estimé que son logement actuel était décent et adapté au handicap de son fils, A, atteint d'un trouble du spectre autistique (TSA).

8. D'une part, si Mme B soutient qu'elle est mère de trois enfants en situation de handicap, les pièces produites se bornent à établir que seul l'un de ses fils, A, né en 2018, est atteint d'un TSA. D'autre part, si Mme B soutient que l'appartement dans lequel elle réside, après au demeurant avoir bénéficié de la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa précédente demande de logement social, serait " mal isolé phoniquement " et situé dans un environnement bruyant qui nuirait à cet enfant, aucune des pièces produites ne permette d'établir la réalité de cette situation. La circonstance en particulier qu'un médecin généraliste, dont il n'est ni établi, ni allégué qu'il soit le médecin traitant de l'enfant, indique dans des termes non circonstanciés que A a besoin " d'un logement calme dans une résidence calme " n'est pas nature à établir que la situation actuelle nuirait à l'enfant. Par ailleurs, si Mme B fait état, sans l'établir, d'un ascenseur régulièrement en panne dans la résidence alors qu'elle demeure au sixième étage, cette circonstance, pour désagréable qu'elle soit, est sans incidence sur l'appréciation du caractère inadapté de son logement, alors que " les troubles moteurs " de son fils ne sont en tout état de cause pas établis par les pièces du dossier. Enfin, Mme B soutient que son appartement compte trois balcons qui serait dangereux pour son fils autiste, en raison d'un risque de chute. Toutefois, et alors qu'au demeurant les pièces produites sur l'existence, la configuration et l'accès à ces balcons sont nettement insuffisantes, il ne ressort d'aucune pièce médicale que cette situation représenterait un danger potentiel pour l'enfant, la psychologue du SESSAD où est accueilli son fils se bornant, dans le certificat médical du 24 avril 2023 versé à l'instance, à relater les inquiétudes de Mme B sans même faire état d'un incident ou d'un motif pour lequel ses craintes seraient fondées. Dès lors, l'inadaptation de l'appartement de Mme B au handicap de son fils n'est pas établie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commission de médiation a procédé à une inexacte application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation en refusant de faire droit à sa demande.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Bapceres et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. Monteagle

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière

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