Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301554

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de M. B, demandeur d'asile afghan, contestant le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, après leur cessation pour non-respect des exigences des autorités d'asile. Le Tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision de l'OFII était suffisamment motivée et que la procédure n'était pas entachée d'irrégularité. Il a considéré que l'OFII avait pris en compte la vulnérabilité du requérant et les raisons de son absence aux convocations, conformément à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, la requête a été rejetée, incluant les demandes d'injonction et de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 février et 19 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Pluchet, avocate, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision, en date du 17 janvier 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 6 novembre 2022, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, avec effet depuis leur cessation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me Pluchet.

M. B soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, dès lors que l'entretien de vulnérabilité du 19 août 2022 ne correspondait pas aux exigences de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne permettait pas d'identifier la vulnérabilité telle que définie à l'article L. 522-3 du même code ;

- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a jamais volontairement et intentionnellement omis de respecter les exigences des autorités chargées de l'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.

Par une lettre en date du 15 avril 2024, le président de la formation de jugement a demandé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de préciser au Tribunal les convocations auxquelles M. B a ou aurait omis de se présenter.

En réponse à cette demande, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des pièces, enregistrées le 17 avril 2024.

Par une décision en date du 24 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 17 mai 2021, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont M. B, demandeur d'asile de nationalité afghane, bénéficiait et qu'il avait acceptées le 10 décembre 2020. Par la requête enregistrée sous le n° 2301554, M. B conteste la décision, en date du 17 janvier 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

3. La décision dont l'annulation est demandée vise notamment l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et indique que M. B a fait l'objet d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil le 30 avril 2021 au motif qu'il n'avait " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en (s') abstenant de se présenter aux autorités ". Dès lors, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.

5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

6. En vertu de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lors du premier enregistrement de sa demande d'asile, le demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité. Dans son mémoire en défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration expose que M. B a bénéficié, le 10 décembre 2020, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un tel entretien effectué par un agent spécifiquement formé et dans une langue qu'il comprend, durant lequel sa situation a été évaluée. L'Office soutient, sans être contredit, que cette évaluation n'a pas mis en lumière d'éléments particuliers de vulnérabilité et que sur une échelle de 0 à 3, la vulnérabilité du requérant a été évaluée à 1. Par ailleurs, le 19 août 2022, le requérant a bénéficié d'un nouvel entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité, en présence d'un interprète en langue pachtou. Il ressort de la fiche d'évaluation établie à cette occasion que le requérant a alors déclaré qu'il était hébergé " chez des amis " de manière stable, n'a fait état d'aucun handicap ou problème de santé, n'a produit aucun document à caractère médical sous pli confidentiel et ne s'est pas vu remettre de certificat médical vierge pour avis " Medzo ". M. B n'est, par suite, donc pas fondé à invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à soutenir que la décision contestée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière.

7. Au vu des pièces produites par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 17 avril 2024 à la demande du Tribunal, il est reproché à M. B d'avoir omis de se présenter à la préfecture des Yvelines le 22 et le 29 mars 2021 à 13 heures, où il avait été convoqué, dans le cadre de son transfert aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile, par des correspondances en date du 15 février 2021 transmises à son adresse de domiciliation, chez Coallia à Limay (78520). M. B fait valoir qu'il n'a réceptionné aucun courrier, et donc aucune convocation, avant " fin mars 2021 " alors qu'il se rendait chez Coallia - Limay " tous les mercredis ". Toutefois, M. B ne fournit aucune précision sur la nature des correspondances qui lui ont été remises à la fin du mois de mars 2021 et ne justifie pas, par la seule production de deux lettres de l'association Scarabée, qui lui apporte son assistance, en date des 26 avril et 16 août 2021, adressées à Coallia-Limay et restées sans réponses, que les convocations de la préfecture des Yvelines ne lui auraient pas été remises en temps utile. Par ailleurs, le requérant n'a pas contesté la décision en date du 17 mai 2021, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait et dont il ne soutient pas qu'elle lui aurait été régulièrement notifiée. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme n'ayant " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile " en s'abstenant, sans motif légitime, de se présenter aux convocations de la préfecture des Yvelines des 22 et 29 mars 2021.

8. Si M. B soutient que les événements traumatiques vécus dans son pays et au cours de son trajet migratoire lui ont laissé de nombreuses séquelles physiques et psychologiques, il ne ressort ni de l'ordonnance en date du 18 janvier 2023 et du certificat en date du 24 janvier 2024 établis par un médecin en pneumo-allergologie et en médecine générale, insuffisamment circonstanciés, ni des autres pièces du dossier, que M. B, qui est né le 7 juillet 1998, se trouvait, lorsqu'il a présenté sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil, dans une situation d'une particulière vulnérabilité, qui justifierait l'annulation de la décision contestée pour erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

11. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZEL

La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.