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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2301636

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301636

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantNUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2023, Mme A B, représentée par Me Nunes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que :

o le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été consulté ;

o l'avis médical ne fait pas état des pièces médicales sur lesquelles il se fonde en application de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

o l'avis médical n'a pas été rendu au vu du rapport établi par le médecin instructeur ;

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des article L. 432-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour rejeter sa demande de titre de séjour, compte tenu de l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation ;

- méconnait les stipulations de l'article 6-5 du l'accord franco-algérien ;

- méconnait les stipulations de l'article 6-7 du l'accord franco-algérien ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas pu présenter d'observation, en méconnaissance de l'article 13 du pacte international relatifs aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966 ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- méconnait les stipulations de l'article 16 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de destination :

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- n'est pas motivée ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est disproportionnée ;

La décision portant signalement dans le système d'information Schengen :

- n'est pas motivée ;

- méconnait les articles 21 et 24 du règlement (CE) n°1987/2006 du 20 décembre 2006 ;

- est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2022.

Par une ordonnance du 24 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 août 2023.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Garona, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne, née le 24 août 1992, est entrée en France le 20 novembre 2015, munie d'un visa de court séjour, valable trente jours. Elle a obtenu un premier certificat de résidence algérien, en raison de son état de santé, valable du 14 mars 2017 au 13 janvier 2018. Sa demande de renouvellement a été rejetée par un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 19 juillet 2018. Par jugement du 25 mai 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Le 3 juin 2021, Mme B a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien, sur le même fondement. Par l'arrêté attaqué du 4 octobre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, présente en France depuis 2015, est atteinte d'une maladie qui affecte sa mobilité et son autonomie et vit auprès de sa mère, présente sur le territoire national depuis 2017, en situation régulière et dont la requérante sollicite son aide au quotidien. En outre, Mme B justifie également de la présence en France de deux de ses trois frères, nés en 2003 et 2006 dont l'un est atteint de la même pathologie et vit dans une structure médicalisée à Paris. Dans ces conditions et compte-tenu des circonstances particulières de l'espèce, alors même que la requérante n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Algérie, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

3. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour doit être annulée et, par voie de conséquence, celles portant obligation de quitter le territoire français, dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à Mme B, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Nunes, avocat de Mme B renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Nunes d'une somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 4 octobre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Sous réserve que Me Nunes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Nunes, avocat de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Nunes.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

Mme Garona, première conseillère,

Mme L'Hermine, conseillère,

Assistés par Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

E. Garona

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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