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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2301795

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301795

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVRIONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2023, Mme B A demande au tribunal :

1°) de lui désigner un avocat ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa demande, de lui délivrer une attestation sur le fondement des articles L. 741-2 et L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui permettre de déposer une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides sans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision de transfert méconnait les dispositions de l'article 10 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par la requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 février 2023 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Vrioni, avocate désignée d'office, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins et aux mêmes moyens et fait valoir, en outre, que le préfet, d'une part, a commis une erreur de fait dès lors que la requérante ne s'est jamais rendue en Allemagne, d'autre part, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- les observations de Mme A ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante malienne née le 28 novembre 1993, Mme B A est entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités allemandes et a déposé une demande d'asile en France le 5 janvier 2023. La consultation du fichier " Visabio " a révélé qu'elle était titulaire d'un visa périmé depuis moins de six mois délivré par les autorités allemandes au moment du dépôt de sa demande d'asile. La demande de prise en charge adressée aux autorités de ce pays le 6 janvier 2023 a donné lieu à un accord explicite le 13 janvier 2023. Par un arrêté du 6 février 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () / 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'Etat membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, () / 4. Lorsque le demandeur est titulaire () d'un ou plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un Etat membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des Etats membres. () ".

3. Si Mme A soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'elle ne s'est jamais rendue en Allemagne et n'y a jamais déposé de demande d'asile, il ressort des termes même de l'arrêté attaqué que celui-ci est fondée, non sur l'existence d'une précédente demande d'asile en Allemagne, mais sur le fait que Mme A est entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités allemandes valable jusqu'au 15 novembre 2022 et était donc, au moment du dépôt de sa demande d'asile, en possession d'un visa périmé depuis moins de six mois délivré par les autorités allemandes. Ainsi, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ".

5. Mme A fait valoir que la France est responsable de sa demande d'asile dès lors que son époux a déposé une demande d'asile en cours d'instruction. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que ledit époux ait été admis à résider en France en tant que bénéficiaire d'une protection internationale et puisse, dès lors, se prévaloir des dispositions de l'article 10 du règlement (UE) précité. Sur ce point, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile déposée par l'époux de Mme A a été rejetée par l'Office français pour les réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 4 mars 2022, notifiée le 18 mars 2022 et que cette décision a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 13 juillet 2022, notifiée le 22 juillet 2022. Par suite, moyen doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement / / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

7. Mme A se prévaut de la présence de son époux sur le territoire français et du fait qu'elle maîtrise la langue française. Toutefois, comme exposé au point n°5, la demande d'asile déposée par son époux a été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que ledit époux aurait obtenu son admission au séjour sur un autre fondement. Par suite, Mme A, qui est entrée récemment en France et n'y dispose d'aucune attache en situation régulière, n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire de compétence prévue à l'article 17 précité du règlement (UE) n° 604/2013.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions présentées par Mme A aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Mme A étant la partie perdante à la présente instance, les conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetés.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

D. C La greffière,

signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301795

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