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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2301856

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301856

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBEN REHOUMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2023, Mme B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé son transfert aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour.

Elle soutient que l'arrêté méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête en communiquant les pièces constitutives du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, magistrat désigné ;

- les observations de Me Ben Rehouma, représentant Mme A, faisant valoir que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il méconnait l'article 17 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013

- et les observations de Mme A assistée par M. C, interprète.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante turque née le 2 juillet 1988 est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 12 décembre 2022 selon ses déclarations. Le 6 janvier2023, elle a déposé une demande d'asile. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que ses empreintes avaient précédemment été relevées auprès des autorités allemandes. La demande de prise en charge adressée aux autorités de ce pays le 10 janvier 2023, a été acceptée le 12 janvier 2023. Par un arrêté du 7 février 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités allemandes.

2. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. ".

3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le règlement (UE) n°604/2013 relatif aux mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Il précise en outre que les données du fichier " Eurodac " ont révélé que les empreintes de l'intéressée avaient été préalablement enregistrées par les autorités allemandes, que ces autorités ont été saisies le 10 janvier 2023 d'une demande de reprise en charge de la requérante et qu'elles ont accepté cette demande le 12 janvier 2023. Par ailleurs, l'arrêté mentionne, d'une part, que l'intéressée ne relève d'aucune des clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et, d'autre part, que la mesure de transfert ne contrevient pas à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme A ne pouvant se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner les raisons pour lesquelles la requérante a quitté la Turquie, énonce de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui le fondent, permettant à la requérante de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de cet arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. En évoquant les risques auxquels elle craint d'être exposée en cas de retour en Turquie, Mme A invoque la méconnaissance des stipulations précitées. Toutefois, d'une part, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner la requérante vers la Turquie, mais seulement de prononcer son transfert aux autorités allemandes chargées de l'examen de sa demande de protection internationale. D'autre part, il n'est ni établi, ni même allégué que les autorités de ce pays n'évalueront pas d'office les risques éventuels auxquels Mme A serait, le cas échéant, exposée en cas de retour en Turquie. Ce moyen ne peut par suite qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () 2. L'Etat membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'Etat membre responsable, ou l'Etat membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre Etat membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre Etat membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ".

7. Mme A fait valoir qu'elle a fui un mariage forcé, que les proches et la famille de son promis seraient présents en Allemagne et que son beau-frère serait actuellement à sa recherche pour des représailles. Toutefois, Mme A, qui est entrée récemment en France, n'apporte aucun élément probant a l'appui de ses allégations de nature à démontrer la réalité des risques qu'elle encourrait en cas de retour en Allemagne. En outre, si elle se prévaut également de la présence d'un cercle d'amis sur le territoire français et du fait d'avoir contacté une association visant à protéger les femmes victimes de violence, elle ne produit aucun document visant à corroborer ces faits. Partant l'autorité préfectorale, qui a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire de compétence prévue à l'article 17 précité du règlement (UE) n° 604/2013.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 7 février 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. D Le greffier,

signé

M. E La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23018562

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