mercredi 6 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2302093 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
| Avocat requérant | BENITEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 février 2023, 10 juillet 2023 et 17 juillet 2023, M. E C, représenté par Me Benitez, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de fait sur la date de conclusion du pacte civil de solidarité le liant à Mme A ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise produit les pièces constitutives du dossier de M. C et conclut au rejet de la requête.
Par une ordonnance du 24 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 juillet 2023.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 24 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Amazouz a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant de la République du Congo né le 5 septembre 1988, entré en France le 15 décembre 2014 sous couvert d'un visa de court séjour, a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Val-de-Marne en date du 12 octobre 2018 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par un jugement n° 1804289, 1809009 du 17 octobre 2019, le tribunal administratif de Melun a annulé cet arrêté et enjoint au préfet du Val-de-Marne ou au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation. Par courrier du 22 juillet 2020, l'intéressé a demandé au préfet du Val-de-Marne d'examiner son droit au séjour au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version alors applicable. Ayant déménagé dans le département du Val-d'Oise, il a sollicité, le 18 novembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 février 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme B D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur, d'une délégation de signature du préfet du Val-d'Oise en vertu d'un arrêté n° 21-038 en date du 21 octobre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur des migrations et de l'intégration n'ait pas été absent ou empêché à la date du 11 février 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté contesté, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, si l'arrêté contesté mentionne que M. C a conclu un pacte civil de solidarité avec Mme A le 17 novembre 2021 et non le 20 août 2019, comme l'intéressé l'avait indiqué sur la fiche de renseignements qu'il a complétée le 18 novembre 2021, une telle erreur est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, qui énonce que l'enquête diligentée par les services de police de Cergy le 24 janvier 2022 révélait qu'il n'avait pas de communauté de vie entre les intéressés. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait de nature à justifier son annulation doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "
7. M. C, qui se prévaut de la durée de son séjour en France depuis le mois de décembre 2014, soutient que, depuis courant 2016, il entretient une relation avec une compatriote, mère d'un enfant français né d'une précédente union et qui est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, avec laquelle il a conclu un pacte de civil de solidarité le 20 août 2019, après la naissance de leur enfant née le 12 novembre 2018. Il soutient également qu'il justifie d'une communauté de vie avec cette dernière et leur enfant et contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Il fait valoir qu'il souffre d'un syndrome de stress post traumatique et d'une dépression sévère en raison des conditions dans lesquelles il a quitté son pays d'origine et qu'il ne peut y retourner alors même qu'il n'y serait pas isolé. Toutefois, il ressort du compte-rendu d'enquête des services de police de Cergy qu'à la suite d'une visite du domicile déclaré par le requérant le 11 janvier 2022, les fonctionnaires de police ont constaté que son nom ne figurait pas sur la boîte aux lettres et qu'aucun courrier à son nom n'a été présenté. Si, pour établir l'existence d'une communauté de vie avec la mère de sa fille, M. C produit notamment une attestation de contrat de fourniture d'énergie en date du 17 juin 2019, des échéanciers relatifs à ce contrat en date des 30 décembre 2019 et 24 décembre 2020, des courriers de l'assurance maladie du Val-de-Marne et du Val-d'Oise, des documents bancaires et un récépissé de déclaration de changement d'adresse postale effectuée auprès des services de la direction générale des finances publiques le 14 décembre 2021, ces pièces ne permettent pas de contredire utilement les constats effectués par les services de police et attestent tout au plus d'une adresse commune avec Mme A. Il en est de même de l'attestation d'hébergement établie par cette dernière le 9 mars 2022, soit postérieurement à la date de l'arrêté contesté, et des avis d'impôt sur les revenus des années 2019 et 2020, établis en avril 2022. Les attestations rédigées par Mme A, se bornant à indiquer qu'elle est en couple avec le requérant, et celles établies par la sœur de cette dernière et le beau-frère de l'intéressé, rédigées en des termes succincts, ne suffisent pas à démontrer l'existence d'une communauté de vie. En outre, le requérant ne démontre pas, par la seule production de factures de restauration scolaire pour le fils de Mme A, d'une fiche d'inscription en crèche pour sa fille et de certificats de scolarité de cette dernière, qu'il contribuerait effectivement à son entretien et son éducation. Par ailleurs, le requérant, qui n'apporte aucun élément précis sur les liens de toute nature qu'il aurait noués en France, ni sur ses conditions d'existence sur le territoire, ne justifie pas davantage d'une insertion sociale et professionnelle stable et ancienne. Enfin, en se bornant à produire des certificats médicaux datés des 23 juin 2017 et 16 janvier 2018, mentionnant qu'il souffre d'un stress post traumatique, le requérant ne justifie pas de circonstances particulières faisant obstacle à ce qu'il poursuive sa vie à l'étranger et, en particulier, dans son pays d'origine, où vivent son enfant, sa mère et sa fratrie et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquelles il a été pris ou comme ayant méconnu l'intérêt supérieur de son enfant né en France. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté en litige n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 11 février 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Benitez et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
M. Dupin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
S. AmazouzLe président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M.-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026