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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2302146

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302146

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12ème Chambre
Avocat requérantGOLDWIN PARTNERS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête d'un conducteur de taxi demandant l'annulation du retrait définitif de sa carte professionnelle par le préfet de police de Paris. Le tribunal a jugé que le retrait, une sanction administrative prise en application de l'article L. 3124-11 du code des transports, était légalement fondé sur de multiples infractions à la réglementation (arrêté inter-préfectoral du 31 juillet 2001 et code des transports) commises par le requérant. Il a notamment estimé que les faits de stationnement illicite, de détournement d'itinéraire, de refus de paiement par carte et de délivrance d'un bulletin de course non conforme étaient établis et justifiaient la sanction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2303393/6 du 17 février 2023, le vice-président de la 6ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise une requête enregistrée le 16 février 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 février 2023 et 14 octobre 2025, M. A... C... B..., représenté par Me Zahedi, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 19 décembre 2022 par laquelle le préfet de police de Paris a procédé au retrait définitif de sa carte professionnelle de conducteur de taxi ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris de lui restituer sa carte professionnelle de taxi dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée est fondée sur des faits matériellement inexacts ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que les dispositions de l’article 6.8° de l’arrêté inter-préfectoral n° 01-16385 du 31 juillet 2021 relatif aux exploitants et aux conducteurs de taxi dans la zone parisienne sur lesquelles elle se fonde étaient abrogées à la date à laquelle elle a été prise ;
- la décision contestée méconnaît le principe « non bis in idem » dès lors qu’elle a pour conséquence de le sanctionner une nouvelle fois pour des faits visés par de précédentes sanctions ;
- elle constitue une sanction disproportionnée dès lors qu’il s’agit de la sanction la plus lourde, qui se fonde au demeurant sur des éléments infondés, mettant en péril sa situation financière de manière définitive sans possibilité de reconversion professionnelle ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des transports ;
- l’arrêté inter-préfectoral n°01-16385 du 31 juillet 2001 relatif aux exploitants et aux conducteurs de taxis dans la zone parisienne ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Koundio, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Niagkoff , substituant Me Zahedi, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

M. A... C... B... est titulaire d’une carte professionnelle délivrée par le préfet de police de Paris pour l’activité de conducteur de taxi depuis juin 2010. Par un arrêté du 19 décembre 2022, dont M. B... demande au tribunal l’annulation, le préfet de police lui a retiré définitivement sa carte professionnelle de conducteur de taxi.

Aux termes de l’article L. 3120-2-2 du code des transports : « Les conducteurs des véhicules qui exécutent les prestations mentionnées à l’article L. 3120-1 (…) sont titulaires d’une carte professionnelle (…) ». Aux termes de l’article L. 3124-11 du même code : « En cas de violation de la réglementation applicable à la profession par le conducteur d’un véhicule de transport public particulier de personnes, l’autorité administrative peut (…) procéder au retrait temporaire ou définitif de sa carte professionnelle ». Le retrait de la carte professionnelle prévu par ces dispositions, qui a pour objet de sanctionner la violation de la réglementation applicable à sa profession par le conducteur d’un taxi ou d’un autre véhicule de transport public particulier de personnes, constitue une sanction ayant le caractère d’une punition.

Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal des services de police du 23 avril 2022, que M. B... a, stationné hors des emplacements réglementaires, en infraction au 5° de l’article 24 de l’arrêté inter-préfectoral n° 01-16385 du 31 juillet 2001 modifié relatif aux exploitants et conducteurs de taxi dans la zone parisienne. Il ressort également des pièces du dossier et notamment de la plainte particulièrement détaillée, accompagnée de photographies et d’un bulletin de course que le 17 septembre 2022, le requérant, lors d’un trajet entre la gare du Nord et un hôtel sis 34 rue d’Alésia dans le 14ème arrondissement de Paris, n’a pas emprunté l’itinéraire le plus direct pour conduire ses clients à destination, en méconnaissance de l’article 24.10° de l’arrêté inter-préfectoral susvisé, a travaillé avec le compteur horokilométrique non éclairé, en infraction au 1° de l’article 23 de l’arrêté précité, a conduit les clients à destination pour une somme forfaitaire de 160 euros, en infraction au 9° de l’article 24 de l’arrêté précité, a refusé le paiement de la course au moyen d’une carte bancaire, en infraction à l’article L. 3121-11-2 du code des transports, a délivré un bulletin de voiture non conforme à la réglementation en vigueur, en infraction des articles 6.8 bis et 23.1° de l’arrêté inter-préfectoral cité supra et a remis à ses clients un bulletin de course indûment complété, en infraction au 15° de l’article 24 de l’arrêté précité, non conforme à la réglementation en vigueur et ne correspondant pas à l’immatriculation de son véhicule. En se bornant à nier avoir effectué cette course, M. B..., pour sa part, n’apporte aucun commencement de preuve de nature à contredire valablement la réalité de ces faits. Par suite, le moyen tiré de l’inexactitude des faits doit être écarté.

La circonstance que la décision attaquée mentionne à tort l’article 6.8 de l’arrêté inter-préfectoral précité au lieu de l’article 6.8 bis relève d’une simple erreur de plume sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.

Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur la sanction infligée à un professionnel, en vérifiant qu'elle n'est pas disproportionnée à la gravité des faits reprochés à ce dernier.

Si le requérant se prévaut de ce que la décision en litige a pour objet de le sanctionner de nouveau pour des faits pour lesquels il a déjà été sanctionné en 2014, 2016 et 2018, en méconnaissance du principe « non bis in idem », le préfet pouvait légalement tenir compte de ces faits matérialisant la répétition des infractions commises et ainsi apprécier la gravité des manquements reprochés, sans méconnaître ce principe.

Si M. B... soutient que le retrait définitif de sa carte professionnelle de taxi est disproportionné, il ressort des pièces du dossier que celui-ci vient sanctionner les multiples manquements à la réglementation applicable au taxi mentionnés au point 4, qui sont intervenus en réitération de faits similaires ayant déjà conduit à de précédents retraits temporaires de la carte professionnelle du requérant pendant 90 jours en 2014, 45 jours et 6 mois en 2016 et 12 et 9 mois en 2018, sans que cela n’ait eu pour effet d’amender son comportement. Par suite, les moyens tirés du caractère disproportionné de la sanction arrêtée par le préfet de police de Paris et de l’erreur d’appréciation doivent être écartés.

Eu égard à ce qui précède, la circonstance que la décision attaquée porterait atteinte à la situation personnelle et professionnelle de M. B... est sans incidence sur sa légalité, de sorte que ce moyen, inopérant, doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée dans toutes ses conclusions.


D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... B... et au préfet de police de Paris


Délibéré après l'audience du 22 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. d’Argenson, président,
Mme Sénécal, première conseillère,
Mme Koundio, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.


La rapporteure,

signé
A. Koundio

Le président,

signé
P.-H. d’Argenson

Le greffier,
signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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