Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302194

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBERTRAND

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision implicite de rejet du préfet du Val-d'Oise refusant de délivrer un certificat de résidence à M. B, ressortissant algérien. Le tribunal a jugé que le préfet avait illégalement omis de communiquer les motifs de cette décision implicite, en violation des articles L. 211-2 et L. 234-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois et a condamné l'État à lui verser 1 000 euros au titre des frais d'instance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 février 2023 et le 5 septembre 2024, M. A B représenté par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation tout en lui délivrant une autorisation de séjour provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024 le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le requérant a été convoqué par ses services.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteuse publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche ;

- et les observations de Me Bertrand représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien née le 24 juillet 1987, a sollicité le 29 juillet 2022 un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 7b) de l'accord franco-algérien. Du silence gardé par l'administration sur cette demande est née une décision implicite dont il a demandé la communication des motifs par courrier du 14 janvier 2023. Le requérant demande l'annulation de la décision implicite de rejet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". L'article R. 432-2 du même code précise que : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". Aux termes de l'article L. 234-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a, par courrier recommandé de son conseil du 22 juillet 2022 réceptionné par la préfecture du Val-d'Oise le 2 août 2022, sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 7b) de l'accord franco-algérien dès lors que cette demande ne relève pas du champ de celles devant s'effectuer au moyen d'un téléservice. Dans le silence gardé par l'administration est né une décision implicite de rejet. Par un courrier avec accusé de réception reçue par la préfecture du Val-d'Oise le 18 janvier 2023, M. B a demandé, par l'intermédiaire de son conseil, la communication des motifs ayant présidé au rejet implicite de sa demande de certificat de résidence. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été fait droit à cette demande. Dès lors, en gardant le silence pendant plus d'un mois sur la demande de communication des motifs que M. B lui avait adressée, et ce alors que sa décision implicite était intervenue dans un cas où une décision explicite de refus aurait dû être motivée, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision portant refus de certificat de résidence d'illégalité.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite du préfet du Val-d'Oise doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique que la demande de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite du préfet du Val-d'Oise est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 03 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. GoudenècheLe président,

signé

G. Thobaty

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.