mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2302203 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ESCUILLIÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 février 2023, Mme D, représentée par Me Escuillié, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie de l'autorisation de travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision l'obligeant de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il y a une méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en raison de sa situation personnelle, ce qui aurait dû conduire le préfet du Val-d'Oise à lui accorder un délai supérieur à 30 jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115 (CE) du 16 décembre 2008 ;
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique du 22 mars 2023 :
- le rapport de M. B,
- les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante camerounaise né le 12 septembre 1979, est entrée sur le territoire français le 23 novembre 2018, selon ses déclarations, où elle a sollicité, le 25 mars 2019, son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile le 9 juin 2020, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 mai 2022. Par un arrêté du 30 janvier 2023, dont Mme D demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. (). ".
3. La décision attaquée vise les dispositions légales sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne également les éléments de fait propres à la situation personnelle de Mme D. Le préfet précise également que la mesure d'éloignement prononcée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé. Ainsi, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".
5. Mme D soutient que le centre de ses attaches familiales est en France où elle vit avec sa fille mineure qui est elle-même en instance de recours contre le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA. Toutefois, l'intéressée ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a toujours vécu jusqu'à son arrivée en France à l'âge trente-neuf an au moins et alors que le rejet de sa demande de protection internationale ne fait pas obstacle à son retour dans son pays avec sa fille mineure. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de la requérante, le préfet du Val-d'Oise, en édictant l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris cet arrêté et n'a en conséquence par méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En troisième lieu, la décision d'éloignement attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante et sa fille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
7. En quatrième lieu, si la requérante fait valoir qu'en tant que représentante légale de sa fille mineure C H F, le préfet aurait méconnu le droit effectif au maintien sur le territoire sa fille mineure dont la demande d'asile serait pendante devant la Cour nationale du droit d'asile à la date de la décision attaquée, cette circonstance n'est pas en elle-même de nature à lui ouvrir un droit personnel au maintien sur le territoire prévu par les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui entacherait d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire de la requérante.
En ce qui concerne la décision portant le délai de départ volontaire à 30 jours :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement l'article L. 511-1 du même code, désormais abrogé : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à la requérante un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le préfet du Val-d'Oise a estimé que l'intéressée ne justifiait d'aucune circonstance justifiant l'octroi d'un tel délai.
10. D'une part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
11. D'autre part, aux termes de l'article 5 de la directive 2008/115 susvisée : " Lorsqu'ils mettent en œuvre la présente directive, les États membres tiennent dûment compte: / a) de l'intérêt supérieur de l'enfant, / b) de la vie familiale ". Aux termes du 2. de l'article 7 de cette même directive : " Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. ". Enfin aux termes de l'article 7 de la directive 2013-32 les États membres "font en sorte que les mineurs aient le droit de présenter une demande de protection internationale soit en leur nom [], soit par l'intermédiaire de leurs parents ou de tout autre membre adulte de leur famille, ou d'une personne adulte responsable d'eux ". En droit français, le mineur ne peut présenter une demande d'asile que par l'intermédiaire d'un représentant légal.
12. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que Mme D est présente en France avec sa fille mineure C, âgée de trois ans. Il est constant qu'une demande d'asile présentée au nom de l'enfant Blessig D a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 juin 2021 et que cette décision a fait l'objet d'un recours présenté le 19 janvier 2022 à la Cour nationale du droit d'asile le 25 août 2022, et que ce recours est toujours en cours d'examen à la date de l'arrêté attaqué. S'il est exact que la demande d'asile de la fille mineure de la requérante constitue une demande de réexamen de la demande d'asile initialement présentée par sa mère, il n'est pas moins constant que la fille de la requérante s'est vu renouveler le 17 octobre 2022 par le préfet du Val-d'Oise une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 16 avril 2023. Par suite, dès lors que la fille de la requérante ne peut exercer effectivement son droit au recours que par l'intermédiaire de sa seule représentante légale en France dans le cadre de la procédure contentieuse en cours, à tout le moins jusqu'à ce qu'il ait été définitivement statué sur sa demande d'asile, la cellule familiale ne peut être reconstituée dans le pays d'origine des intéressées aussi longtemps que cette procédure contentieuse reste en cours. L'arrêté attaqué, en tant qu'il fait obligation à Mme D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, méconnaît ainsi l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 et le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de Mme D au regard de la situation de sa fille C. Par suite, la décision refusant d'octroyer à la requérante un délai de départ volontaire supérieur à trente jours doit être annulée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D aux fins d'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire doivent être rejetée. En revanche, Mme D est fondée à demande l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement implique seulement que le préfet du Val-d'Oise accorde et, le cas échéant, prolonge un délai de départ volontaire à Mme D de la durée nécessaire à la requérante pour lui permettre d'exercer, en sa qualité de représentante légale de Mme C D, le droit de cette dernière d'ester en justice dans son recours pendant devant la Cour nationale du droit d'asile et jusqu'à ce que cette juridiction ait statué sur ce recours, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, de sorte que son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Escullié, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Escullié une somme de 1000 euros au titre de ces dispositions et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision refusant d'accorder à Mme D un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise d'accorder et, le cas échéant, de le prolonger, un délai de départ volontaire à Mme D de la durée nécessaire pour permettre à l'intéressée d'exercer, en sa qualité de représentante légale de Mme C D, sa fille, le droit de cette dernière d'ester en justice dans son recours pendant devant la Cour nationale du droit d'asile et jusqu'à ce que cette juridiction ait statué sur ce recours, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 4 : L'Etat versera à Me Escullié, avocate de Mme Mme D une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme G et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 5 avril 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. B La greffière,
signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026