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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2302463

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302463

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHANGOU DONGMEZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2023, M. B, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 22 février 2023 par lequel le préfet du Val d'Oise lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise.

M. B soutient que :

- la notification de la décision attaquée est irrégulière ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui a produit des pièces le 2 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Edert vice-présidente pour statuer sur le litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 16 mars 2023, en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Edert, magistrate désignée ;

- les observations de Me Changou Dongmeza avocate commise d'office du requérant absent à l'audience, qui soutient en outre que les arrêtés du préfet sont entachés d'une méconnaissance de son droit à être entendu prévu à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et l'assignant à résidence méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, l'assignation à résidence est disproportionnée,

- le préfet du Val-d'Oise n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 28 avril 2023 a fait l'objet d'un arrêté le 22 février 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise a ordonné l'assignation à résidence de M. B pour une durée de 45 jours, renouvelable une fois, dans le département du Val-d'Oise. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. B a été assisté par un conseil commis d'office lors de l'audience publique. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, si les irrégularités dans la notification d'une décision administrative sont susceptibles de rendre inopposables les voies et délais de recours contentieux, elles restent en revanche, par elles-mêmes, sans incidence sur sa légalité. Par suite, M. B ne peut utilement invoquer la circonstance que la notification de la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait été irrégulière.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré irrégulièrement en France depuis cinq semaines et n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il est au nombre des étrangers qui pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir, s'il doit être regardé comme ayant entendu soulever ce moyen, que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur de droit.

7. En troisième lieu, le droit d'être entendu, notamment énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et affirmé par un principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Une atteinte à ce droit garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. M. B fait valoir que son droit à être entendu a été méconnu. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été entendu préalablement à l'édiction des mesures contestées, comme en témoigne le procès-verbal d'audition par les services de police lors de sa garde à vue, le 22 février 2023, lequel a été signé par l'intéressé. Le requérant a pu, à cette occasion, faire valoir ses observations concernant notamment sa situation administrative et personnelle, son parcours migratoire et l'éventualité d'une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite, eu égard à l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de ce que les arrêtés contestés auraient été pris en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu, tel que garantis par le droit de l'Union européenne, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B fait valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ressort de ses déclarations qu'il est entré en France il y a cinq semaines en provenance de l'Espagne où il est en situation irrégulière et que son épouse vit dans son pays d'origine, au Maroc. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée du séjour en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ou familiale.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 22 février 2023. Par suite, il pouvait faire l'objet d'une décision l'assignant à résidence en application des dispositions précitées.

13. Si l'intéressé soutient que l'arrêté portant assignation à résidence méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionné, il ressort des pièces du dossier que sa présence en France est très récente, que son épouse réside au Maroc et qu'il n'a aucun lien particulier avec la France. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de, l'erreur manifeste d'appréciation et du caractère disproportionné de la mesure d'assignation à résidence ne peuvent qu'être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val d'Oise-

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

La magistrate désignée,

signé

S. EDERT Le greffier,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302463

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