mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2302645 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET MONTMARTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 24 février 2023, 20 avril 2023 et 27 mai 2024, M. A B, représenté par Me Tisserant, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 février 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour " étudiant " ;
2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, à titre provisoire, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- cette décision, qui, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, ne mentionne pas le nom de son auteur, a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que l'arrêté attaqué est confirmatif de l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire opposé au requérant le 2 novembre 2022 par le préfet du Rhône et devenu définitif ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Froc, conseillère ;
- et les observations de Me Wissaad représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant congolais né le 12 juillet 2000, a sollicité le 29 novembre 2022, auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine, la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 3 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande. Par la requête susvisée, M. A B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine :
2. Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que la requête de M. A B est irrecevable dès lors que la décision de refus de titre de séjour du 3 février 2023 est confirmative de l'arrêté de refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire opposé au requérant le 2 novembre 2022 par le préfet du Rhône. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce dernier arrêté fait suite à une demande de titre de séjour " recherche d'emploi et création d'entreprise " présenté sur le fondement de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers auprès de la préfecture du Rhône le 3 octobre 2022. L'arrêté attaqué est, lui, consécutif à une demande de délivrance de titre de séjour " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile déposé auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine le 29 novembre 2022. Ainsi, cet arrêté, qui porte sur un objet différent, ne présente pas le caractère de décision confirmative de l'arrêté du 2 novembre 2022. Par suite, la fin de non-recevoir sus-analysée ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 212-2 de ce code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, notifiée par l'intermédiaire d'un téléservice, ne comporte pas les mentions du prénom, du nom et de la qualité de son auteur, mais uniquement la mention " L'agent instructeur - Ministère de l'intérieur et des outre-Mer ". Cette mention ne permet pas de s'assurer de la compétence de son auteur, en méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que M. A B est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 3 février 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance de son titre de séjour " étudiant ".
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard à la nature du moyen d'annulation retenu, les moyens de légalité interne n'étant pas fondés en l'état de l'instruction, le présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour à M. A B, mais seulement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou le préfet territorialement compétent, procède à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à M. A B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 février 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de délivrance du titre de séjour " étudiant " que lui a présentée M. A B, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
E. FROC Le président,
signé
C. HUON La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2302645
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