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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2302807

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302807

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVICTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er et 27 mars 2023, M. F, représenté par Me Victor, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit à l'issue de ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, à verser à Me Victor, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle ;

6°) de condamner l'État à lui verser une indemnité de 1000 euros, en réparation du préjudice moral subi du fait de l'édiction par le préfet d'une nouvelle décision d'éloignement, dans des conditions déloyales.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique le 28 mars 2023 ont étés entendus :

- le rapport de M. Bertoncini, magistrat désigné ;

- les observations de Me Hubert, substituant Me Victor, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. F, assisté par M. A, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour M. F, a été enregistrée le 28 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant iranien né le 20 mars 1990, est entré sur le territoire français le 17 octobre 2018. Il a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié, le 21 novembre 2018, auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui a rejeté sa première demande par la décision du 17 mai 2019. Par une décision du 23 novembre 2021, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé ce rejet. M. F demande l'annulation de l'arrêté du 20 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D C, adjointe au chef du bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine, disposant d'une délégation du préfet des Hauts-de-Seine à cet effet par l'arrêté PCI n°2022-093 du 13 octobre 2022, régulièrement publié le 17 octobre 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision du 20 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant a, ainsi, suffisamment motivé sa décision. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, M. F soutient qu'en prenant la décision en litige le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation dès lors qu'il justifie avoir le centre de ses intérêts en France et que, par ailleurs, il encourrait des risques de subir de mauvais traitements, voire la mort, en cas de retour en Iran, du fait de son activisme et de la situation politique dans ce pays. Toutefois, M. F, qui est entré en France en 2018, ne démontre l'existence d'aucun lien sur le territoire et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment sa mère et sa sœur et où il a vécu au moins jusqu'à vingt-huit ans. Par ailleurs, la demande d'asile de M. F a été rejetée par une décision de la CNDA du 23 novembre 2021. De plus, si M. F verse au dossier plusieurs pièces, et notamment des photos, ces éléments ne sont pas de nature à établir le caractère réel et actuel des risques encourus par M. F en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin si M. F soutient qu'il fait l'objet d'un suivi médical en France, et produit un certificat a cet égard, il ne démontre pas en quoi son état de santé serait de nature à faire obstacle à son éloignement. Pour ces motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision litigieuse, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité, par la voie de l'exception, de la décision attaquée doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux cités au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. F aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, et ses conclusions indemnitaires. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions du requérant présentées en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Victor et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. E La greffière,

Signé

S. Hervé-Agbodjan

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°23028070

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