Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302995

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBOUDJELLAL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule la décision implicite de rejet du préfet du Val-d'Oise refusant à M. D, ressortissant camerounais, la délivrance d'une carte de résident. Le tribunal écarte l'exception de non-lieu soulevée par le préfet, malgré la délivrance d'une carte de séjour temporaire, et retient que la décision méconnaît l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. D, marié depuis plus de trois ans à une Française et père de deux enfants français, remplissait les conditions pour obtenir une carte de résident de dix ans.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 mars, 1er septembre et 27 octobre 2023, M. C D, représenté par Me Boudjellal, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident, présentée le 28 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de résident à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que la décision attaquée :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer.

Le préfet du Val-d'Oise fait valoir qu'il a délivré au requérant une carte de séjour temporaire valable du 13 juillet 2023 au 12 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Louazel, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant camerounais, a demandé au préfet du Val-d'Oise, le 28 mai 2021, le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 16 juillet 2019 au 15 juillet 2021 et la délivrance d'une carte de résident. Le préfet du Val-d'Oise lui a remis un titre de séjour valable du 13 juillet 2023 au 12 juillet 2024, et doit être regardé comme ayant, ainsi, implicitement rejeté sa demande. M. D demande au Tribunal l'annulation de cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier qu'en exécution de l'ordonnance n° 2303040 de la juge des référés du 23 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise a repris l'instruction de la demande de titre de séjour de M. D et lui remis une carte de séjour temporaire valable du 13 juillet 2023 au 12 juillet 2024. Pour autant, cette circonstance n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant à la fois refus de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et refus de délivrance d'une carte de résident. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu opposée par le préfet du Val-d'Oise doit être écartée et il y a lieu de statuer sur la présente requête.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 / Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. / Toutefois, lorsque la communauté de vie a été rompue par le décès de l'un des conjoints ou en raison de violences familiales ou conjugales, l'autorité administrative ne peut pas procéder au retrait pour ce motif. / En outre, lorsqu'un ou des enfants sont nés de cette union et sous réserve que l'étranger titulaire de la carte de résident établisse contribuer effectivement, depuis la naissance, à l'entretien et à l'éducation du ou des enfants dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, l'autorité administrative ne peut pas procéder au retrait au motif de la rupture de la vie commune. ".

4. Il est constant que M. D a épousé Mme A B, ressortissante française, le 10 janvier 2015 à Sannois, et que la communauté de vie des époux, par ailleurs parents de deux enfants français nés en 2017 et en 2022, n'a pas cessé depuis cette date. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que le requérant séjourne régulièrement en France depuis le 15 juillet 2019, date à partir de laquelle il a été mis en possession d'un titre de séjour pluriannuel puis de plusieurs récépissés de demande de renouvellement de ce titre. Dans ces conditions, et alors qu'il produit au surplus l'ensemble des éléments justifiant des conditions requises pour se voir délivrer une carte de résident, M. D est fondé à soutenir que la décision attaquée du préfet du Val-d'Oise méconnaît les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. D une carte de résident dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 (mille) euros à verser à M. D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur la demande de carte de résident présentée par M. D le 28 mai 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. D une carte de résident, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.