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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303076

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303076

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantFERNANDEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées les 7 et 13 mars 2023, M. C A, représenté par Me Fernandez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Fernandez sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé dès lors notamment que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne lui a pas été communiqué ;

- il méconnait le 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 10 octobre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Fléjou a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 20 mars 1963, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien demandé en qualité d'étranger malade, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté contesté est signé, pour le préfet du Val-d'Oise, par Mme D, alors adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation consentie par l'arrêté n°21-038 du préfet du Val-d'Oise en date du 21 octobre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, cet arrêté est suffisamment motivé. En outre, contrairement à ce que soutient M. A, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que le préfet aurait dû procéder à la communication au requérant de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 3 janvier 2022, ce qu'il a demeurant fait dans le cadre de la présente instance en pièce jointe à son mémoire en défense.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé

nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux demandes de certificats de résidence formées par les ressortissants algériens sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-algérien : " () le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

5. Il ressort de l'avis précité du 3 janvier 2022 du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que ces derniers ont estimé que, si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce dernier pouvait toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier d'un traitement approprié et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers ce pays.

6. Le requérant soutient qu'il a subi une opération de l'œil droit en 2010 et du cœur en 2012, qu'il est suivi pour une pathologie cardiovasculaire lourde et présente plusieurs facteurs de risque. A cet égard, il produit des compte-rendu opératoires des 22 février 2010 et 23 mai 2020, ainsi qu'un certificat du 17 janvier 2023 du docteur B, cardiologue à la clinique Alleray-Labrouste affirmant que l'intéressé, pris en charge à la clinique Ambroise Paré en 2012 pour un triple-pontage, " reste fragile avec une gène fonctionnelle significative " et que " sa pathologie cardio-vasculaire et les comorbidités associées nécessitent une prise en charge spécialisée qui ne peut être assurée dans son pays d'origine où il est exposé à des conséquences irréversibles ". Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce versée par le requérant à l'instance qu'il aurait bénéficié d'une prise en charge de sa pathologie entre 2012 et la date de la décision attaquée dont il n'aurait pu bénéficier en Algérie. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il ne disposerait pas, compte-tenu du coût élevé de ses traitements et de l'état du système de santé algérien, de la possibilité d'accéder effectivement aux traitements nécessités par son état de santé, il ne produit pas de pièces de nature à l'établir alors que l'Algérie dispose d'un système d'assurance maladie. Ainsi, le requérant ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations susceptible de contredire non seulement l'avis du collège des médecins de l'OFII mais également l'appréciation du préfet du Val-d'Oise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 7) de l'article 6 l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne peut qu'être écarté.

7. M. A soutient, sans apporter à l'appui de ses allégations d'autres éléments que ceux relatifs à son état de santé, que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Dès lors, pour les motifs exposés au point précédent, ce moyen ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

9. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation de M. A, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Thierry Fernandez et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

V. Fléjou

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303076

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