vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2303128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | TRUGNAN BATTIKH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 janvier 2023 au greffe du Tribunal administratif de Melun, M. B A, représenté par Me Trugnan Battikh, avocate, demande à ce Tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision, en date du 18 janvier 2022, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;
5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 1 200 euros.
M. A soutient que la décision contestée :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'une erreur de fait au regard de sa date d'arrivée en France ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, eu égard à sa situation de vulnérabilité ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance en date du 2 mars 2023, la présidente du Tribunal administratif de Melun a transmis le dossier de la requête de M. A au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Par un mémoire enregistré le 28 décembre 2023, M. A, représenté par Me Trugnan Battikh, conclut aux mêmes fins que précédemment.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir :
- que la requête est irrecevable, la décision en date du 11 juillet 2022 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire présenté par M. A ayant été notifiée le 19 juillet 2022, plus de deux mois avant l'enregistrement de la requête ;
- que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 18 janvier 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy, a, sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refusé d'accorder à M. A, demandeur d'asile de nationalité malienne, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que " sans motif légitime " il avait présenté sa demande d'asile " plus de 90 jours après (son) entrée en France ". Cette décision, qui mentionne l'obligation d'un recours administratif préalable obligatoire à peine de l'irrecevabilité de tout recours contentieux dans les deux mois a été remise en main propre au requérant le 18 janvier 2022. Par une lettre en date du 1er février 2022, M. A a formé devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la requête de M. A enregistrée sous le n° 2303128 doit être regardée comme dirigée contre la décision, en date du 11 juillet 2022, par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté ce recours administratif préalable obligatoire et les moyens de la requête regardés comme articulés à l'encontre de cette même décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Le 3° de l'article L. 531-27 du même code fixe au demandeur " le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France " pour présenter sa demande d'asile. Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".
3. La décision, en date du 11 juillet 2022, par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par le requérant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée.
4. M. A soutient qu'il n'est pas entré sur le territoire français le 15 septembre 2021 mais le 8 janvier 2022 en provenance d'Espagne. Toutefois, il ressort des pièces jointes au mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité en date du 18 janvier 2022 et revêtue de la signature du requérant, établie à l'occasion de l'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conduit par un auditeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avec l'assistance d'un interprète en langue bambara, que M. A a indiqué qu'il avait quitté son pays le 14 juin 2021 et qu'il était arrivé en France le 15 septembre 2021. Dans ces conditions, en se bornant à exposer qu'il a mal compris la question qui lui avait été posée et que la date du 15 septembre 2021 est celle de son arrivée en Europe et non celle de son entrée sur le territoire français et à produire un billet d'autocar, non nominatif, établi le 5 janvier 2022 pour un trajet Alicante-Bilbao, M. A ne saurait être regardé comme justifiant de son entrée sur le territoire français le 8 janvier 2022 ou d'un " motif légitime " au sens du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été refusé en application de ces dispositions, sa demande d'asile ayant été déposée plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français.
5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ".
6. Il ressort de l'examen de la fiche d'évaluation de vulnérabilité correspondant à l'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité du 18 janvier 2018, dont il a déjà été question au point 4, que M. A n'a pas indiqué qu'il présentait un handicap, n'a fait état spontanément d'aucun problème de santé, n'a produit aucun document à caractère médical sous pli confidentiel et ne s'est pas vu remettre un certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Si M. A verse au dossier un compte rendu de consultation en date du 3 mars 2022 et deux ordonnances en date du 14 mars 2022 établis par un médecin de l'Hôpital Pitié-Salpêtrière, d'où il ressort notamment qu'il a déclaré avoir été victime de violences en Algérie, ces documents, ainsi d'ailleurs que l'attestation en date du 1er février 2022 de l'association Dom'Asile qui souligne la précarité dans laquelle il vit, ne sont pas suffisamment circonstanciés pour permettre au Tribunal de juger que le requérant, qui est né le 31 décembre 2002, se trouvait, à la date de la décision contestée, dans une situation d'une particulière vulnérabilité, qui justifierait l'annulation de la décision contestée pour erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
7. Il n'en ressort pas non plus que le refus d'accorder à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
10. Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
11. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
La conseillère,
signé
M. LOUAZELLa greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026