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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303135

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303135

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAOUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 mars 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a transmis la requête de M. D, enregistrée au tribunal de ce greffe le 28 janvier 2023, au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par cette requête, et des pièces complémentaires enregistrées le 11 avril 2023, M. D, représenté par Me Baouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'une incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'une erreur de droit tiré du défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur matérielle en ce qu'elle n'est pas signée par l'interprète ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le requérant ne dispose d'aucune attache dans son pays d'origine et a établi ses intérêts privés et familiaux en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2023 :

- le rapport de M. Dussuet ;

- les observations de Me Baouali, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

- le préfet des Bouches-du-Rhône, n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 3 décembre 1980, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 13 juin 2017, selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 janvier 2023, dont M. D demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B C, responsable de la section éloignement au bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité, qui bénéficiait d'une délégation de signature à cette fin, en vertu d'un arrêté RAAE n° 13-2022-09-30-00001 du 30 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté contesté, procédé à un examen attentif et personnalisé de la situation de M. D. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

4. En dernier lieu, le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en ce que l'autorité préfectorale n'a pas pris en compte la présence sur le territoire français de son épouse et de son enfant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet a pris connaissance de la situation personnelle de l'intéressé, dès lors qu'il mentionne que le requérant peut poursuivre sa vie familiale dans son pays d'origine avec son épouse qui ne dispose pas d'un droit au séjour ainsi que son enfant âgé d'une dizaine d'années. En outre, s'il soutient que l'arrêté serait également entaché d'une erreur de fait en ce que le préfet aurait considéré que sa présence constituerait une menace et un trouble à l'ordre public, il ne ressort pas des termes même de l'arrêté attaqué que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait fondé sa décision sur cette circonstance motif. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'une erreur de fait doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ".

7. Les conditions de notification d'une décision sont sans influence sur sa légalité. Il s'ensuit que les circonstances que la décision a été notifiée à M. D sans que l'interprète ne justifie de son incapacité à être présent, et que la qualité de celui-ci n'est pas vérifiable, sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. En l'espèce, si M. D indique être entré en France en 2017 et y résider habituellement depuis, il n'apporte pas la preuve de sa présence continue sur le territoire. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que son épouse, et son enfant, scolarisé en école élémentaire à la date de la décision attaquée, résident en situation régulière en France. En outre, le requérant n'établit aucune circonstance qui ferait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue à l'étranger dans son pays d'origine, où l'intéressé a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans. La circonstance que ce dernier occupe un emploi en contrat à durée indéterminée depuis le 2 novembre 2021, à l'appui duquel il ne produit que des bulletins de salaires relatifs à l'année 2022, n'est pas suffisante pour justifier de son insertion professionnelle. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou qu'il serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français :

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays à destination :

11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen:

12. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 () ". En informant M. D qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour, le préfet n'a pas pris de décision mais a mis en œuvre l'information prévue par les dispositions précitées. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation d'une décision de signalement, qui sont dépourvues d'objet dès l'origine, doivent être rejetées comme étant irrecevables.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 1er juin 2023.

Le président du tribunal,

signé

J-P. Dussuet Le greffier,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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