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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303185

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303185

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, M. A B, représenté par Me Hug, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 17 février 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, avec effet à compter du 17 février 2023, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui sera autorisée à en poursuivre directement le recouvrement.

M. B soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;

- est illégale, dès lors que le contenu du questionnaire fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 est lui-même illégal ;

- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il a déposé sa demande d'asile moins de trois mois avant son arrivée en France ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.

Par une décision en date du 30 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 17 février 2023, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, demandeur d'asile de nationalité éthiopienne, au motif que, sans motif légitime, il présentait sa demande d'asile, plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. La requête de M. B enregistrée sous le n° 2303185 doit être regardée comme tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, formé par une lettre de son conseil en date du 8 mars 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée () dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. À défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiquées dans le mois suivant cette demande () ".

4. Il résulte des dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision implicite de rejet, née du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, s'est substituée à la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge en date du 17 février 2023. M. B n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui communiquer les motifs de cette décision implicite, comme le permet l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision contestée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

5. Il ne ressort ni de la décision en date du 17 février 2023 ni d'aucune des pièces du dossier que la situation particulière de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier et suffisamment approfondi avant la naissance de la décision contestée.

6. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

7. L'Office français de l'immigration et de l'intégration expose que M. B a bénéficié, le 17 février 2023, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien effectué par un auditeur avec l'assistance d'un interprète en langue oromo, durant lequel sa situation a été évaluée. Si au cours de cet entretien, ainsi que l'établit la fiche d'évaluation de vulnérabilité versée au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le requérant a fait état spontanément d'un problème de santé, il n'a déposé aucun document à caractère médical sous pli confidentiel et ne s'est pas vu remettre de certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Par ailleurs, l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir, sans être contredit par M. B, que si l'intéressé a alors déclaré être malade, il n'a produit aucune pièce et n'a pas accepté la remise d'un certificat médical. Enfin, le requérant, qui est né le 3 août 1995, ne soutient pas avoir joint des documents médicaux à son recours administratif préalable obligatoire et n'a produit aucun document médical à l'appui de sa requête. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant l'intervention de la décision contestée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité.

8. Aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien du 17 février 2023 n'aurait pas été conduit par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin, ainsi que le prescrit l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Aux termes de l'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. ".

10. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative que si cette dernière a été prise pour son application ou s'il en constitue la base légale. Le requérant ne saurait, dès lors, utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris en application des dispositions rappelées ci-dessus.

11. M. B soutient qu'il est arrivé en France le 8 novembre 2022 et que lors de l'enregistrement de sa demande d'asile " l'agent qui l'a reçu a mal compris l'interprète et a noté (qu'il) serait arrivé en France en 2020 au lieu de 2022 ". Toutefois, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie en date du 17 février 2023, revêtue de la signature du requérant, qu'à l'occasion de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été question au point 7, au cours duquel il a bénéficié de l'assistance d'un interprète en langue oromo, que M. B a déclaré être entré en France le 8 novembre 2020. En outre, le requérant, ainsi que le fait valoir l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a indiqué la même date aux services du préfet des Yvelines qui ont enregistré sa demande d'asile le 17 février 2023. Si le requérant verse au dossier une capture d'écran qui préciserait la date de son premier rendez-vous à la " SPADA " de Limay, le 24 novembre à 9 heures, ce document ne constitue pas une preuve de l'entrée en France de M. B le 8 novembre 2020 ou moins de quatre-vingt-dix jours avant le dépôt de sa demande d'asile. Enfin, si le requérant soutient que sa demande d'asile n'a pas été enregistrée immédiatement mais qu'il lui a " été remis trois rendez-vous " avant son enregistrement effectif, cette allégation, au demeurant imprécise, n'est étayée d'aucun document. Le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut, dès lors, qu'être écarté.

12. Le requérant ayant, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu, légalement, sur le fondement du 4° de l'article L. 551-15 d code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2, refuser de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de ce qui a été dit aux points 7 et 11, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait, en refusant d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, commis une erreur d'appréciation des conséquences de ce refus sur la situation personnelle du requérant.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

16. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZEL

La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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