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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303237

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303237

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMBOMBO MULUMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 et 22 mars 2023, Mme C A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé son transfert aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché par un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il a été pris en violation de son droit d'être entendue ;

- il méconnaît les articles 13 et 16 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mars 2023 :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Mbombo Mulumba, avocate désignée d'office représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Elle soulève un nouveau moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- les observations de Mme A, qui précise qu'elle n'a jamais déposé de demande d'asile en Espagne et qu'elle souhaite pouvoir effectuer cette démarche en France où réside notamment sa sœur en situation de handicap ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante ivoirienne née le 1er janvier 2004 à Abidjan, Mme C A a déposé le 29 décembre 2022 une demande d'asile en France. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que ses empreintes avaient été préalablement enregistrées par les autorités espagnoles. Une demande de reprise en charge a été adressée aux autorités de ce pays le 30 décembre 2022 et les autorités espagnoles ont fait connaître leur accord expresse le 10 janvier 2023. Par l'arrêté attaqué du 28 février 2023, le préfet du Val-d'Oise a décidé du transfert de Mme A aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, âgée de 19 ans, est hébergée chez ses parents qui résident régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident et d'une carte de séjour temporaire. En outre, il ressort du certificat médical établi par un pédopsychiatre du centre hospitalier de Gonesse que l'intéressée accompagne régulièrement au centre d'action médico-sociale précoce sa sœur mineure, née en France en 2019, qui se trouve en situation de handicap. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet du Val-d'Oise, en ne faisant pas usage de la faculté d'instruire en France la demande d'asile de Mme A, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui permet de déroger aux critères de détermination de l'État responsable de l'examen d'une demande d'asile, notamment afin de permettre le rapprochement des membres d'une même famille.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a ordonné son transfert aux autorités espagnoles.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 février 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Mbombo Mulumba et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 3 avril 2023

Le Magistrat désigné,

signé

D. B La greffière,

signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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