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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303486

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303486

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantGAGEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 31 mars 2023, enregistré le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, la requête présentée par M. A E C, représenté par Me Gagey.

Par cette requête, enregistrée le 8 mars 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles, M. A E C, représenté par Me Gagey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 janvier 2023 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ou si la demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 200 euros au titre des frais irrépétibles.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-10 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il se trouve dans une situation de grande vulnérabilité.

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 15 et 26 mars 2023, M. A E C, représenté par Me Gagey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 janvier 2023 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif à compter du 22 août 2022, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ou si la demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 200 euros au titre des frais irrépétibles.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'un vice de procédure, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-10 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa vulnérabilité ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant son édiction

- elle est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il se trouve dans une situation de grande vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A E C ne sont pas fondés et sollicite en outre une substitution de base légale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E C, ressortissant afghan né le 27 décembre 1992, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 22 aout 2022. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Le 14 octobre 2022, les services de l'OFII lui ont fait une proposition d'hébergement qu'il a refusée le 20 octobre suivant. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision du 9 janvier 2023 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII a mis fin a à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait refusé une proposition d'hébergement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée est revêtue de la signature de Mme B D, directrice territoriale de l'OFII à Montrouge. En vertu de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 décembre 2018 portant délégation de signature, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur (BOMI) n° 2019-01 du 17 janvier 2019, Mme D avait qualité pour signer la décision dont l'annulation est demandée. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne notamment que l'intéressé a refusé une proposition d'hébergement. Elle énonce également que, compte tenu des faits qui lui sont reprochés et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, il était mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, doit être écarté, de même que, pour les mêmes motifs, celui tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". L'article L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. ". L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. ".

6. D'autre part, l'article L. 551-15 du même code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

7. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

8. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'a été privé d'aucune garantie de procédure tenant à l'édiction de la décision en cause, il y a lieu de faire droit à la demande du directeur général de l'OFII tendant à ce que l'article L. 551-15 soit substitué à l'article L. 551-16 comme fondement légal de la décision.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 8 que la décision contestée doit être regardée comme une décision portant refus des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de la procédure mentionnée aux articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont, en tout état de cause, il ressort pièces du dossier qu'il a bénéficié. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut donc qu'être écarté comme inopérant. Il en va de même, pour le même motif, du moyen tiré de ce que la décision attaquée serait dépourvue de base légale en ce que le refus d'un hébergement ne constitue pas un motif de cessation des conditions matérielles d'accueil.

10. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. " L'article L. 551-10 du même code dispose que : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié le 22 août 2022 d'un entretien relatif à l'évaluation de sa vulnérabilité, réalisé avec l'aide d'un interprète en langue anglaise. Il ressort en outre du document intitulé " offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil " produit par l'OFII que M. C a certifié avoir été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, dès lors que rien ne permet de tenir pour établir que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une qualification à cette fin, les moyens tirés de ce que, faute d'un tel entretien au cours duquel il aurait reçu dans une langue qu'il comprend une information sur les conséquences de son refus des conditions matérielles d'accueil, la décision contestée aurait été édictée à l'issue d'une procédure irrégulière, manquent en fait.

12. En dernier lieu, le requérant n'établit ni même n'allègue sérieusement qu'il se trouverait dans une situation de vulnérabilité telle qu'en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qu'il précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 janvier 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a refusé à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées

D É C I D E :

Article 1 : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E C, à Me Gagey et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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