Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303492

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en formation collégiale, a rejeté les requêtes de Mme B, ressortissante angolaise, qui contestait le refus implicite puis exprès de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour. Le tribunal a considéré que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas méconnu les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 15 mars 2023 et 4 août 2023 sous le numéro 2303492, Mme A B, représentée par Me Koszczanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite portant refus de titre de séjour, née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur cette demande ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que la décision implicite portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet, d'une part, n'a pas saisi la commission du titre de séjour, d'autre part, a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard notamment de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.

II- Par une requête enregistrée le 11 janvier 2024 sous le numéro 2400401, Mme A B, représentée par Me Koszczanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet, d'une part, n'a pas saisi la commission du titre de séjour et, d'autre part, a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les rapports de M. d'Argenson, président, ont été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante angolaise née le 17 septembre 1936, est entrée irrégulièrement en France le 11 avril 2010 selon ses déclarations. Elle a sollicité le 26 octobre 2021 un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision implicite née du silence gardé par l'administration, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par un arrêté du 27 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent la même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur la décision implicite portant refus de titre de séjour :

3. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait entaché sa décision d'un défaut de motivation en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a effectué le 26 octobre 2021 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été implicitement rejetée, en vertu du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine pendant quatre mois, puis explicitement rejetée par un arrêté en date du 27 novembre 2023 de la même autorité. Il en résulte que les conclusions de la requérante dirigées contre la décision implicite doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision expresse du 27 novembre 2023, qui s'y est substituée.

Sur l'arrêté contesté du 27 novembre 2023 :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. La décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, notamment via la fiche de renseignements complétée et signée le 26 octobre 2021, avant de prendre la décision en litige. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de Mme B doit donc être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

8. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. En premier lieu, la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière énonce des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation. Ces énonciations ne constituent donc pas des lignes directrices dont les requérants peuvent utilement se prévaloir devant le juge. En second lieu, Mme B soutient être entrée en France le 11 avril 2010, y résider depuis lors et y être insérée. Toutefois, d'une part, la circonstance que la requérante séjournerait sur le territoire français depuis 2010 est en soi insuffisante pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour. En tout état de cause, ainsi que le fait valoir le préfet des Hauts-de-Seine, l'intéressée ne justifie pas de sa présence habituelle et continue en France en 2017 et 2019. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine n'était pas tenu, contrairement à ce que soutient Mme B, de saisir la commission du titre de séjour. D'autre part, si cette dernière, qui est veuve, se prévaut de la présence de trois filles majeures, de nationalité française ou séjournant régulièrement sur le territoire français, ainsi que de la présence de ses petits-enfants, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la fiche de renseignements complétée et signée le 26 octobre 2021 que Mme B ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses quatre autres enfants, également majeurs, et où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 74 ans. En outre, Mme B, qui allègue être sur le territoire français depuis 2010, ne maitrise pas la langue française, ne démontre aucune insertion particulière au sein de la société française et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement du 14 mai 2014. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, en édictant la décision portant refus de titre de séjour, n'a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation, en estimant que l'intéressée ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou humanitaires d'admission au séjour. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (). ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation de la situation de Mme B au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soulevé à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, et le moyen tiré de l'erreur de droit et e l'erreur d'appréciation de la situation de Mme B au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dirigé contre les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, ne peuvent qu'être écartés.

12. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

13. Mme B ne saurait utilement invoquer l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dont le champ d'application est réservé aux enfants mineurs de moins de dix-huit ans.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. Ainsi qu'il a été dit au point 9, Mme B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 14 mai 2014. En outre, elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses quatre autres enfants majeurs et où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 74 ans. En outre, alors qu'elle revendique une présence sur le territoire français depuis 2010, Mme B ne maitrise pas la langue française. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a commis ni erreur de droit, ni erreur dans l'appréciation de sa situation, en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme B, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2303492 et n°2400401 de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

D. RobertLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303492 et N°2400401