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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303498

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303498

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème Chambre
Avocat requérantDAURELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une ordonnance en date du 29 mars 2023, le Tribunal administratif de Paris a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête et le mémoire complémentaire, enregistrés les 15 et 29 mars 2023, par lesquels M. B A, représenté par Me Daurelle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ; 2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour et de réexaminer sa situation ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il soutient que : En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble : - il est signé par une autorité incompétente ; En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire : - la décision est insuffisamment motivée et atteste d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; - elle méconnaît le principe du contradictoire et les droits de la défense ; - elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire : - elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation relative à sa situation personnelle ; En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français : - la décision est insuffisamment motivée et atteste d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; - elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative à sa situation personnelle ; Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens sont infondés. Par ordonnance du 25 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 mai 2023. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Dupin, rapporteur, - et les observations de Me Daurelle, représentant M. A.Considérant ce qui suit : 1. M. B A, ressortissant polonais né le 21 janvier 1974, déclare résider sur le territoire français depuis 20 ans. Suite à son interpellation le 12 mars 2023 pour des faits de violence sous l'emprise de l'alcool, par un arrêté du 13 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inséré dans le livre II relatif au droit au séjour des ressortissants européens : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ". 3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la décision obligeant M. A à quitter le territoire français a été prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif de son interpellation le 12 mars 2023 pour des faits de violence, survenus alors qu'il était en état d'ébriété et de violences conjugales survenues en 2015. Toutefois, d'une part, M. A conteste avoir été interpellé en 2015 pour des faits de violences conjugales sans que le préfet ne produise en défense des éléments de nature à établir la réalité de cette interpellation, alors que, en tout état de cause, cette interpellation supposée n'a pas donné lieu à des poursuites pénales. D'autre part, il apparaît que M. A a été interpellé le 12 mars 2023 suite à une altercation avec des voisins dont le bruit fait par l'usage d'une motocyclette irritait le requérant, alors dans un état d'ébriété avancé. Les services de police ont constaté que M. A se montrait menaçant et tenait un outil de nature à constituer une arme par destination. Suite à son placement en garde à vue, le procureur de la République de Nanterre l'a convoqué le 21 janvier 2024 pour rendre compte de faits de violences psychologiques et menaces. Ces faits, pour regrettables qu'ils soient, n'apparaissent pas suffisants à établir que le comportement de M. A constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française justifiant une mesure d'éloignement à son encontre. En outre, M. A justifie, par la production de factures et d'attestation de proches et de clients, exercer une activité d'auto-entrepreneur dans le secteur du bâtiment, être marié avec Mme C A, auto-entrepreneuse, être propriétaire de son logement à Courbevoie, et être le père d'une fille de 10 ans, Nicole, née et scolarisée en France dont il justifie contribuer à l'entretien et l'éducation, notamment par la production de photos. Par suite, le préfet ne pouvait décider d'éloigner M. A sans délai sans procéder à une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. 4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 mars 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français. Il en va de même, par voie de conséquence, de la décision du même jour par laquelle le préfet a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Sur les conclusions à fin d'injonction : 5. Aux termes de l'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable ". Et aux termes de l'article L. 614-16 du même code : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". 6. Par application des dispositions citées au point précédent, le présent jugement implique seulement que le préfet des Hauts-de-Seine procède au réexamen de la situation de M. A, sans qu'il soit besoin, s'agissant d'un ressortissant de l'Union européenne, d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Sur les frais liés au litige : 7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. DECIDE :Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 13 mars 2023 est annulé.Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté. Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine. Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :M. Ouillon, président,Mme Saïh, première conseillère,M. Dupin, conseiller.Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.Le rapporteur,signéF. DupinLe président,signéS. OuillonLa greffière,signéM-J. AmbroiseLa République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.- 2 -No 2303498

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