mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2303548 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUKHELOUA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 16 mars 2023, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A E épouse C.
Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au greffe du tribunal de Versailles les 25 février et 8 mars 2023, et un mémoire complémentaire enregistré au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 16 mai 2024, Mme A E épouse C, représentée par Me Boukheloua et Me Bouyx, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet des Yvelines lui a retiré ses certificats de résidence algérien ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur matérielle des faits et d'une erreur de droit dès lors que la fraude n'est pas établie ;
- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E épouse C, ressortissante algérienne, née le 10 mai 1980, entrée en France le 13 août 2014, a bénéficié d'un certificat de résidence algérien valable du 20 juin 2017 au 19 juin 2018 renouvelé par un certificat de résidence algérien modifié valable du 5 juin 2018 au 4 juin 2028. Par un arrêté du 13 décembre 2022 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet des Yvelines lui a retiré ses certificats de résidence algérien pour fraude.
2. En premier lieu, l'arrêté contesté du 13 décembre 2022 a été signé par M. B D, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture des Yvelines qui a reçu délégation à effet de signer, " tous arrêtés, décisions, documents et correspondances relevant de attributions du ministère de l'intérieur, de l'administration du département ", à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée, par un arrêté n° 78-2022-06-27-00006 du 27 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2022-06-27-00003 du même jour de la préfecture des Yvelines. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration, la circonstance qu'un acte administratif a été obtenu par fraude permet à l'autorité administrative compétente de l'abroger ou de le retirer à tout moment. Lorsque l'autorité administrative fait usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.
4. Il ressort des pièces du dossier que pour retirer les certificats de résidence algérien de Mme E obtenus en 2017 et 2018 sur le fondement du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé, le préfet des Yvelines s'est fondé notamment sur le jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Versailles du 11 octobre 2021. Il ressort de la minute de ce jugement que l'agent de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis, interdiction d'exercer une fonction publique, inéligibilité, confiscation des scellés et 10 000 euros d'amendes, pour des faits d'aide au séjour irrégulier, escroquerie, corruption passive et blanchiment, a permis la délivrance indue de titres de séjour à 160 étrangers dont la liste est mentionnée dans ce jugement, au nombre desquels figurent Mme E, son époux et ses trois enfants. Selon la description des faits constitutifs des infractions, cet agent s'est livré à des manœuvres frauduleuses, notamment, en " organisant son auto-attribution des dossiers et auto-validation des instructions lui permettant d'éviter les interférences avec ses collègues et sa hiérarchie notamment lors de la remise des titres frauduleusement délivrés, en s'assurant contrairement aux règles mises en place au sein de la sous-préfecture de Saint-Germain de l'instruction intégrale de toutes les phases d'une demande ou d'un renouvellement de titre, en s'assurant de la disparition des archives des dossiers frauduleux pour éviter tout contrôle " et en " procédant à des enregistrements volontairement erronés de dossiers de titre de séjour ", en vue de " tromper les services de l'Etat pour les déterminer à remettre des titres de séjour non conformes aux situations personnelles de leurs bénéficiaires ". Le préfet relève également l'absence de dossier papier comportant les pièces justificatives établissant que Mme E épouse C remplissait effectivement les conditions de délivrance des certificats de résidence algérien qui lui ont été délivrés en 2017 et 2018. Si l'intéressée soutient qu'aucune intention frauduleuse de sa part n'est établie, elle ne conteste pas ne pas avoir justifié disposer d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour à son entrée en France, ni avoir déposé un dossier de demande de soins, le collège de médecins du service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'ayant pu être saisi. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement considérer, au vu des indices sérieux et concordants qui viennent d'être énumérés, que l'intéressée, qui ne remplissait pas les conditions lui ouvrant droit aux titres de séjour dont elle a bénéficié, avait délibérément déposé ses demandes de titre auprès de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye afin d'en permettre l'obtention, et que les titres de séjour dont elle avait bénéficié lui avaient été délivrés à la suite de manœuvres frauduleuses.
5. Si Mme E épouse C soutient qu'elle justifie de sa présence en France depuis 2014, que son époux et ses trois enfants sont également en France, il n'en demeure pas moins qu'elle s'est frauduleusement fait remettre un certificat de résidence d'un an, ainsi qu'un certificat de résidence de dix ans alors qu'elle ne remplissait pas les conditions pour les obtenir. Elle ne justifiait notamment pas des documents médicaux s'agissant de la délivrance d'un certificat de résidence algérien malade, sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et ce n'est qu'à la faveur de la fraude commise par l'agent reconnu coupable des faits énoncés au point 4 que ces titres de séjour lui ont été délivrés. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la gravité de la fraude commise et réitérée à deux reprises par l'intéressée et à l'absence d'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ainsi que d'obstacle à ce qu'elle dépose une nouvelle demande de titre de séjour, la décision de retrait de ses certificats de résidence n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne saurait être accueilli.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse C et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
La rapporteure,
Signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
Signé
T. BertonciniLa greffière,
Signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026