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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303638

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303638

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSCP AVENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 mars 2023 et 8 janvier 2025, la société par actions simplifiée (SAS) Bureau Carte Grise, représentée par Me Lehman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a retiré son habilitation de professionnel de l'automobile lui permettant d'intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article IX de la convention d'habilitation individuelle fixant ses modalités de non-reconduction ;

- elle méconnaît l'article X de la convention d'habilitation individuelle relatif à la procédure de suspension et de résiliation, dès lors qu'elle n'a commis aucun manquement à ses obligations, que le préfet n'a engagé aucune procédure de concertation préalable et que le délai de préavis de deux mois n'a pas été respecté ;

- elle méconnaît l'article X de la convention d'habilitation individuelle relatif à la procédure de résiliation de la convention d'habilitation en cas de condamnation pénale du professionnel en matière d'atteinte à un système de traitement automatisé et en matière d'atteinte aux droits de la personne résultant des fichiers ou des traitements informatiques, dès lors qu'elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'aucun texte législatif ou réglementaire n'impose que l'habilitation individuelle soit subordonnée à l'exercice, à titre principal, d'une activité de professionnel de l'automobile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SAS Bureau Carte Grise ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure,

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public,

- et les observations de Me Boulet, représentant la SAS Bureau Carte Grise.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention d'habilitation individuelle du 15 février 2018 conclue avec l'Etat, la SAS Bureau Carte Grise a été habilitée, en qualité de professionnelle de l'automobile, à effectuer pour ses clients, les formalités administratives liées aux opérations d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion au sein du système d'immatriculation de véhicules (SIV). Par courrier du 18 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a sollicité la transmission de son livret de police justifiant de son activité de négociant en automobile en l'informant que la non-transmission de ces documents pourra entraîner une suspension ou un retrait de son habilitation. Par une décision du 26 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au retrait de l'habilitation. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur autre qu'un cyclomobile léger, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. (). / Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur. (). ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " Dossiers de demande d'immatriculation. / Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur. (). ". Aux termes de l'article 18-1 du même arrêté : " Une personne physique, professionnelle de l'automobile, ne peut être habilitée à exercer l'activité d'intermédiaire pour le compte du ministre de l'intérieur et de l'usager, prévue aux articles R. 322-1, R. 322-4 et R. 322-5 du code de la route et au présent arrêté, si elle fait l'objet d'une condamnation inscrite au bulletin n° 2 de son casier judiciaire. ". Aux termes de l'article 18-2 du même arrêté : " Une personne morale, professionnelle de l'automobile, ne peut être habilitée à exercer l'activité d'intermédiaire pour le compte du ministre de l'intérieur et de l'usager, prévue aux articles R. 322-1, R. 322-4 et R. 322-5 du code de la route et au présent arrêté, que si elle réunit les conditions suivantes : / 1° Ses dirigeants remplissent les conditions prévues à l'article 18-1 ; / 2° Chaque personne physique qui exerce l'activité d'intermédiation, satisfait aux conditions prévues à l'article 18-1. ". Il résulte de ces dispositions que les démarches en vue de l'immatriculation des véhicules neufs ou d'occasion ne peuvent être réalisées, dans le cadre du dispositif d'habilitation, que par un professionnel de l'automobile.

3. Selon le glossaire de l'annexe 1. de la convention du 15 février 2018, est un professionnel de l'automobile " Dans le cadre du SIV, toute entité juridique exerçant une activité relevant du domaine de l'automobile (notamment construction, négoce, réparation, financement, location, destruction ) ". Cette notion renvoie de manière limitative à l'activité de " professionnel du commerce de l'automobile ", définie comme une " entité juridique ayant une activité d'achat et de vente de véhicules neufs ou d'occasion à titre principal ou accessoire ".

4. En l'espèce, le Kbis de la SAS Bureau Carte Grise indique que la société a pour activité " Le commerce de voitures et de véhicules automobiles légers ". Or, lors de la procédure de contrôle des opérations de la société requérante, le préfet des Hauts-de-Seine a constaté que la société requérante n'exerçait pas effectivement l'activité de négoce automobile qu'elle avait déclarée réaliser qui aurait été de nature à justifier sa qualité de " professionnel de l'automobile ", mais une activité principale de prestations de service qu'elle réalise dans le domaine de l'automobile ne lui permettant pas de revendiquer valablement cette qualité. Ainsi, dès lors que la SAS Bureau Carte Grise ne peut se prévaloir de la qualité de " professionnel de l'automobile " au sens des dispositions règlementaires du code de la route, le préfet des Hauts-de-Seine n'a commis aucune erreur de droit en prenant la décision litigieuse et a pu légalement, pour le seul motif de l'absence d'exercice effectif d'une activité lui permettant de se prévaloir de la qualité de " professionnel de l'automobile ", retirer l'habilitation pour effectuer les démarches d'immatriculation en résiliant unilatéralement cette convention.

5. En deuxième lieu, selon l'article IX de la convention d'habilitation individuelle du 15 février 2018 conclue entre la SAS Bureau Carte Grise et le préfet des Hauts-de-Seine la convention " est conclue pour une durée de 5 ans et entre en vigueur au 1er janvier 2009 ou à la date de signature par les parties si celles-ci est postérieure. / La présente convention est reconduite tacitement pour une même durée, sauf volonté expresse contraire d'un des signataires, exprimée par lettre recommandée avec accusé de réception et adressée 6 mois avant l'arrivée du terme. ".

6. La société requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article IX de la convention d'habilitation individuelle fixant ses modalités de non-reconduction de la convention d'habilitation, dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine a entendu procéder à un retrait d'habilitation pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules, prise à la suite du constat de manquements aux obligations attachées à ladite habilitation.

7. En troisième lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article X de la convention d'habilitation du 15 février 2018 : " En cas de condamnation pénale du professionnel habilité en matière d'atteinte à un système de traitement automatisé (articles 323-1 à 323-7 du code pénal) et en matière d'atteinte aux droits de la personne résultant des fichiers ou des traitements informatiques (articles 226-16 à 266-22 et article 226-24 du code pénal), le préfet territorialement compétent est amené de plein droit à résilier la présente convention. ".

8. Si la société requérante fait valoir qu'elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale, le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est toutefois pas fondé sur cet article pour retirer l'habilitation dont elle était titulaire pour effectuer les démarches d'immatriculation des véhicules. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du quatrième alinéa de l'article X de la convention d'habilitation du 15 février 2018 doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article X de la convention d'habilitation du 15 février 2018 : " En cas de manquements répétés aux obligations à la présente convention du professionnel habilité, le préfet territorialement compétent organise une procédure de concertation pour mettre un terme à ces manquements. En cas d'échec avéré de cette concertation, le préfet peut suspendre, ou moyennant un préavis de deux mois, notifier par lettre recommandé avec accusé de réception la résiliation de la présente convention. ".

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, dès l'engagement de la procédure, le préfet des Hauts-de-Seine a adressé à la société requérante notamment un courrier en date du 18 octobre 2022 lui exposant les griefs qui lui étaient reprochés en sollicitant la transmission des dossiers d'immatriculation de certains véhicules et de la copie de son livre de police " justifiant d'une activité de négociant en automobiles (achat et vente de véhicules) " et l'informant, qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour transmettre ces documents et que, en l'absence de non-transmission de ces documents, il envisageait de procéder à la suspension ou au retrait de l'habilitation de la SAS Bureau Carte Grise. La société requérante a d'ailleurs répondu par courrier recommandé avec accusé de réception le 18 novembre 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure de concertation par le préfet des Hauts-de-Seine doit être écarté.

11. D'autre part, la société requérante soutient que la mesure de retrait de son habilitation a été prise en méconnaissance du préavis de deux mois mentionné à l'article X de la convention susmentionnée, dès lors que son accès au service d'immatriculation des véhicules a été supprimé dès le 15 mars 2023, soit moins de deux mois après la notification de la décision contestée intervenue le 31 janvier 2023. Toutefois, il ressort des termes de la décision contestée que la société requérante a été informée de ce que la mesure en litige " prendra effet dans un délai de mois à compter de la notification " de la décision du 26 janvier 2023. A cet égard, la société requérante n'établit pas que ce délai de préavis de deux mois prévu à l'article X précité de la convention en cause n'aurait pas été respecté en se bornant à produire des constats d'huissier établis les 13, 14, 17, 18 et 19 avril 2023 qui ne permettent pas de justifier d'une impossibilité d'accéder au service d'immatriculation des véhicules entre le 15 mars 2023 et le 31 mars 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du délai de préavis ne peut qu'être écarté.

12. Enfin, si la société requérante soutient qu'elle n'a commis aucun manquement aux obligations du professionnel habilité, telles qu'elles sont précisées à l'article IV de la convention d'habilitation, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au retrait de son habilitation pour effectuer les démarches d'immatriculation au seul motif tiré de l'absence d'exercice effectif d'une activité lui permettant de se prévaloir de la qualité de " professionnel de l'automobile ". Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet des Hauts-de-Seine en date du 26 janvier 2023 présentées par la SAS Bureau Carte Grise doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Bureau Carte Grise est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Bureau Carte Grise et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

La rapporteure,

Signé

Z. Saïh

Le président,

Signé

T. Bertoncini La greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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