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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303652

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303652

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 mars et 1er novembre 2023, M. C A, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour valable du 15 novembre 2019 au 14 novembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il constituait une menace à l'ordre public ;

- l'arrêté contesté méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- et les observations de Me Veillat, substituant Me Monconduit, représentant M. A.

Une note en délibéré, présentée par M. A, a été enregistrée le 10 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant haïtien né le 14 février 1998, entré en France le 8 mai 2010 par la voie du regroupement familial, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 15 novembre 2019 au 14 novembre 2020. Le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour par un arrêté du 17 janvier 2023, dont l'intéressé demande l'annulation.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " doivent être motivées les décisions qui: / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police; " L'article L.211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. L'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler le titre de séjour temporaire de M. A mentionne le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel il a été pris et vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale du requérant, et notamment que l'intéressé a gravement troublé l'ordre public au cours des années 2014 à 2022, qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Pontoise le 23 juin 2016 à 3 mois d'emprisonnement pour extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien, le 29 mars 2018 à 10 mois d'emprisonnement pour violence commise en réunion suivie d'incapacité supérieure à 8 jours, le 11 mai 2021 à 300 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants. L'arrêté relève que l'intéressé est connu des services de police pour des faits qu'il détaille, commis en 2014, 2016, 2019 et 2022. Il mentionne, en outre, que compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et notamment des conditions de son séjour en France, l'intéressé ne peut être regardé, alors même qu'il dispose d'une ancienneté de séjour, comme justifiant de considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour et qu'il ne peut bénéficier de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est célibataire, sans charge de famille et que selon ses déclarations il n'est pas dépourvu d'attaches familiales à l'étranger où résident sa mère et sa sœur. Ainsi, cette décision, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté de refus de renouvellement du titre de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des termes mêmes de l'arrêté du 17 janvier 2023, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A au regard des éléments portés à sa connaissance avant d'édicter à son encontre la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, (). " Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. Lorsque l'administration oppose à un étranger, sur le fondement de l'article L. 412-5, le motif tiré de ce que sa présence constitue une menace pour l'ordre public, pour refuser de faire droit à sa demande, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de renouvellement du titre de séjour et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public.

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné par le tribunal correctionnel de Pontoise d'une part, à 3 mois d'emprisonnement le 23 juin 2016 pour extorsion par violence, menace ou contrainte de signature promesse, secret, fonds ou bien le 21 juin 2016, et d'autre part, à 10 mois d'emprisonnement le 29 mars 2018, pour violence commise en réunion suivie d'incapacité supérieure à 8 jours le 13 décembre 2016. Si ces condamnations sont anciennes et antérieures à la délivrance, 15 novembre 2019, du précédent titre de séjour de l'intéressé, comme les faits pour lesquels M. A est également connu des services de police pour violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours le 29 octobre 2014 et violation de domicile à l'aide de manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte le 9 août 2016, il a plus récemment été condamné le 11 mai 2021 par le tribunal judiciaire de Pontoise à 300 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants le 25 août 2019 et a été interpelé pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D le 14 juin 2022, ce qu'il ne conteste pas. Dès lors, eu égard au passé pénal de l'intéressé, à la gravité de ces derniers faits, à leur caractère récent et à leur diversité, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a estimé que la présence en France M. A constituait une menace pour l'ordre public et a, pour ce motif, refusé de renouveler son titre de séjour sur le fondement des articles L. 412-5 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. Le requérant se prévaut d'une présence en France depuis l'âge de 12 ans, ainsi que de celle de son père et de sa sœur titulaires d'une carte de résident, et de sa demi sœur ressortissante française, et affirme avoir continué ses études depuis la classe de CM2 jusqu'à l'obtention de son certificat d'aptitude professionnelle mention préparation et réalisation d'ouvrages électriques et avoir travaillé en 2020/2021 dans le secteur du bâtiment, domaine d'activités en grande tension. Toutefois, il ne produit aucun bulletin de paie à l'appui de ses allégations ni aucun document permettant d'établir l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens affectifs avec son père et ses sœurs. Ainsi, eu égard aux faits mentionnées au point 7 et en l'absence de preuve d'une insertion professionnelle et sociale, l'arrêté du 17 janvier 2023, qui, au demeurant, n'a, par lui-même, ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de sa famille, n'a pas porté au droit de M. A, célibataire et sans enfant, au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, notamment celui de prévenir un trouble à l'ordre public. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions et stipulations précitées ont été méconnues.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2023 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux fins d'injonction, et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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