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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303818

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303818

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Cacciapaglia, demande à la juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 25 janvier 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a prononcé la suspension de son agrément d'assistante familiale pour une durée ne pouvant excéder quatre mois ;

2°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise de procéder au rétablissement de son agrément d'assistante familiale dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département du Val-d'Oise la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est établie dès lors que la décision dont il est demandé la suspension la prive de son activité professionnelle et lui faire perdre presque la moitié de ses revenus alors que ses charges restent constantes ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

- elle a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise sans que la commission consultative paritaire départementale n'ait été saisie ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle a elle-même dénoncé une situation préoccupante vis-à-vis de la jeune M. qui était à sa charge au cours de l'été 2022 et que c'est cet événement qui est très probablement à l'origine des accusations à son encontre ayant conduit à la décision dont la suspension est demandée ;

- elle a été prise en violation du principe général des droits de la défense dès lors qu'elle a été privée du droit à être entendue ou de consulter son entier dossier administratif ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles dès lorsqu'il n'existait aucune urgence à suspendre son agrément ; qu'en l'occurrence, la décision de suspension ne se fonde sur aucun élément suffisamment précis et vraisemblable permettant de suspecter que les conditions d'accueil garantissant la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis ne sont plus remplies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le département du Val-d'Oise, représenté par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et à la condamnation C B au versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas établie, Mme B ayant attendu le délai de deux mois avant d'introduire la présente requête à l'encontre de la décision de suspension de son agrément, laquelle n'a qu'un caractère provisoire et a quasiment produit tous ses effets ; la requérante ne démontre pas au surplus être seule à devoir s'acquitter de ses charges alors qu'elle bénéficie d'un maintien de salaire à hauteur de 1 548 euros par mois ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2304119, enregistrée le 22 mars 2023, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 6 avril 2023 à

9 heures 15.

Ont été entendues au cours de l'audience publique tenue en présence C El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport C Drevon-Coblence, juge des référés ;

- les observations orales de Me Delepine, substituant Me Cacciapaglia, représentant

Mme B et celles de cette dernière, qui reprennent les conclusions et moyens de la requête ; elles précisent en outre que Mme B n'a pas été informée de la tenue de la commission consultative paritaire départementale prévue le 23 mars 2023 pour examiner sa situation et qu'elle ne s'y est pas rendue ; Mme B précise qu'elle vit douloureusement cette situation qu'elle perçoit comme très injuste ;

- et les observations orales de Me Benmerad, substituant Me Cazin, représentant le conseil départemental du Val-d'Oise, qui précise que Mme B sera convoquée à une nouvelle séance de la commission consultative paritaire départementale, celle du 23 mars n'ayant pas pu se tenir.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, titulaire du diplôme d'Etat d'assistante familiale depuis le

28 avril 2009, dispose d'un agrément l'autorisant à exercer les fonctions d'assistante familiale et à accueillir des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans en lien avec les services de l'aide sociale à l'enfance du Val-d'Oise. Par une décision du 25 janvier 2023, la présidente du conseil départemental du Val-d'Oise a prononcé la suspension de son agrément pour une durée ne pouvant excéder quatre mois du fait d'une enquête pénale en cours la concernant. Par la présente requête, Mme B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et à fin d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation (), le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-1 du même code précise : " Le juge des référés statue aux termes d'une procédure contradictoire, écrite ou orale. () ". Enfin, en vertu du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision attaquée, Mme B soutient qu'elle a perdu une partie des revenus issus de son activité d'assistante familiale, lesquels sont passés de 3 300 euros par mois environ à 1 548 euros, et qu'elle n'est pas en mesure de faire face à ses charges qui s'élèvent à 989 euros par mois. Toutefois, il résulte de l'instruction que deux enfants majeurs C B, qui exercent des emplois d'ingénieurs, résident au domicile de l'intéressée et de son époux et peuvent, dès lors, participer aux charges du foyer, ce que la requérante n'a pas contesté à l'audience. Dans ces conditions, la baisse de rémunération subie par l'intéressée du fait de l'impossibilité dans laquelle elle se trouve d'exercer son activité professionnelle, au moins jusqu'au 25 mai 2023, ne saurait à elle seule caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, alors que la suspension en cause a précisément pour objet de préserver la santé, le bien-être et la sécurité des enfants accueillis dans l'attente de l'étude approfondie du dossier.

5. Il résulte de ce qui précède que l'une des deux conditions cumulatives posées à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, les conclusions C B tendant à obtenir la suspension de l'exécution des décisions en litige doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, l'ensemble de ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Val-d'Oise, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le département du Val-d'Oise tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge C B sur le fondement des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête C B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le département du Val-d'Oise sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au département du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 26 avril 2023.

La juge des référés

Signé

E. Drevon-Coblence

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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