Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303951

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de M. B, ressortissant ivoirien, contestant le refus du préfet du Val-d'Oise d’admettre ses deux enfants au regroupement familial. Le préfet avait motivé son refus par l’insuffisance de la superficie du logement de M. B au regard des seuils fixés par l’article R. 434-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le tribunal a rejeté l’ensemble des moyens soulevés par le requérant, notamment ceux tirés de l’insuffisance de motivation, du défaut d’examen, de l’erreur de droit et de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant. En conséquence, le tribunal a rejeté la requête de M. B.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mars 2023 et le 31 mai 2024, M. D B représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé d'admettre ses deux enfants au bénéfice du regroupement familial, ensemble la décision du 26 janvier 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise à titre principal, de lui délivrer une autorisation de regroupement familial dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision du 19 août 2022 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conditions de logement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision du 26 janvier 2023 est entachée d'un défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des éléments nouveaux présentés dans son recours gracieux.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mai 2024 le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une décision du 31 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteuse publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche ;

- et les observations de Me Veillat substituant Me Monconduit et représentant M. B non présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant ivoirien né le 9 novembre 1982 est titulaire d'une carte de résident valide jusqu'en 2027. Le 6 janvier 2020 il a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de deux de ses enfants A et E. Par un arrêté du 19 août 2022 le préfet du Val-d'Oise a refusé d'admettre ses deux enfants au bénéfice du regroupement familial. Par une décision du 26 janvier 2023 le préfet a rejeté ses recours gracieux. M. B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Aux termes de l'article R. 434-5 de ce code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; b) en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; c) en zone C : 28 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain.

Les zones A bis, A, B1, B2 et C mentionnées au présent article sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation. ".

3. Pour rejeter la demande de regroupement familial formée par M. B pour ses deux enfants A né le 25 mars 2004 et E née le 6 mai 2007 tous deux en Côte d'Ivoire, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que la superficie du logement est inférieure au seuil requis. Par un courrier du 18 octobre 2022 le requérant a sollicité, à titre principal, le réexamen de sa situation et a fait valoir à titre subsidiaire qu'en raison de la majorité récente de son fils et de son inscription universitaire il renonçait au bénéfice du regroupement familial pour ce dernier. Ainsi, M. B, qui doit être regardé comme ayant ainsi modifié sa demande initiale et dont le logement présente une superficie de 68m² habitable, disposera à la date d'arrivée sa fille un logement conforme aux conditions prévues par les dispositions des articles L. 434-7 et R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées au point 2. Par suite, en refusant le regroupement familial de sa fille E, le préfet a méconnu l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 août 2022, ensemble la décision du 26 janvier 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation, l'annulation des décisions attaquées impliquent seulement que le préfet du Val-d'Oise autorise le regroupement familial demandé par M. B pour sa fille E née le 6 mai 2007 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Les décisions du 19 octobre 2022 et du 26 janvier 2023 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise d'autoriser le regroupement familial de Mme E B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à M. B.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 03 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. GoudenècheLe président,

signé

G. Thobaty

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.