jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2303980 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 mars et 5 avril 2023, la société Edwin formation, représentée par Me Grauzam - Elbaz - Samama, demande au tribunal, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 10 mars 2023 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a ordonné son déréférencement total pour une durée de douze mois, le recouvrement des sommes versées et le non-paiement des sommes concernant les dossiers de formation engagée et le non-reversement, le cas échéant, des sommes rétrocédées par l'établissement bancaire ;
2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de la réintégrer en sa qualité d'organisme de formation sur la plateforme du Compte personnel de formation (CPF), dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au directeur général de la Caisse des dépôts et consignations de débloquer les fonds qu'elle détient et de lui verser la somme de 79 321 euros au titre du paiement des formations réalisées ;
4°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée lui cause un préjudice financier important auquel elle ne pourra faire face sans devoir procéder à une éventuelle fermeture ;
- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
o elle n'a pas été prise à la suite d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des articles R. 6333-6 du code de travail et 13.1 des conditions générales d'utilisation de la plateforme ;
o elle est dépourvue de motivation, dès lors qu'il s'agit d'un courrier type, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la sanction est disproportionnée et injustifiée au regard de l'absence d'usurpation d'identité des stagiaires et de l'absence d'élément justifiant la cessation de paiement des formations.
-
Par des mémoires enregistrés le 3 avril 2023 et le 5 avril 2023 la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Nahmias, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Edwin formation la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que l'urgence n'est pas établie et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.
Par un mémoire distinct, enregistré le 4 avril 2023 à 17h00 présenté au titre des dispositions de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, la Caisse des dépôts et consignations verse aux débats des pièces confidentielles qu'elle indique être couvertes par le secret lié à la sécurité publique et le déroulement des procédures engagées devant les juridictions ou d'opérations préliminaires à de telles procédures et demande qu'elles soient soustraites au contradictoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2304440, enregistrée le 27 mars 2023, par laquelle la société Edwin formation demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 5 avril 2023 à
9 heures, en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry, juge des référés ;
- et les observations de Me Cohen, substituant Me Grauzam, représentant de la société Edwin Formation, et de Me Charzat, substituant Me Nahmias, représentant de la Caisse des dépôts et consignations.
La clôture d'instruction a été fixée au 6 avril à 15h00.
Considérant ce qui suit :
1. La société Edwin formation, organisme de formation inscrit au registre du commerce et des sociétés de Nanterre depuis le 21 mars 2022, exerce une activité de formation à distance en bureautique, techniques de vente, management et secrétariat médical, qu'elle propose, dans sa totalité, par le biais du site " Mon Compte Formation ". Elle bénéficie à ce titre, en paiement de ses prestations, du versement de fonds par la Caisse des dépôts et consignations via le Compte personnel de formation (CPF). La société Edwin formation a ainsi perçu depuis le début de son activité un montant de 373 354 euros. Par une décision du 10 mars 2023, la Caisse des dépôts et consignations a prononcé le déréférencement de la société Edwin formation pour une durée de 12 mois, le recouvrement des sommes versées et le non-paiement des sommes concernant les dossiers de formation engagée ainsi que le non reversement, le cas échéant des sommes rétrocédées par l'établissement bancaire. La société Edwin formation demande au juge des référés, statuant sur le fondement des articles L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative :
2. L'article L. 611-1 du code de justice administrative prévoit que : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 du présent code sont adaptées à celles de la protection du secret des affaires () ". Aux termes de l'article R. 611-30 de ce même code : " Lorsqu'une partie produit une pièce ou une information dont elle refuse la transmission aux autres parties en invoquant la protection du secret des affaires, la procédure prévue par l'article R. 412-2-1 est applicable ". Aux termes de l'article R. 412-2-1 de ce code : " Lorsque la loi prévoit que la juridiction statue sans soumettre certaines pièces ou informations au débat contradictoire ou lorsque le refus de communication de ces pièces ou informations est l'objet du litige, la partie qui produit de telles pièces ou informations mentionne, dans un mémoire distinct, les motifs fondant le refus de transmission aux autres parties, en joignant, le cas échéant, une version non confidentielle desdites pièces après occultation des éléments soustraits au contradictoire. Le mémoire distinct et, le cas échéant, la version non confidentielle desdites pièces sont communiqués aux autres parties. / Les pièces ou informations soustraites au contradictoire ne sont pas transmises au moyen des applications informatiques mentionnées aux articles R. 414-1 et R. 414-6 mais sont communiquées au greffe de la juridiction sous une double enveloppe, l'enveloppe intérieure portant le numéro de l'affaire ainsi que la mention : "pièces soustraites au contradictoire-Article R. 412-2-1 du code de justice administrative". / Si la juridiction estime que ces pièces ou informations ne se rattachent pas à la catégorie de celles qui peuvent être soustraites au contradictoire, elle les renvoie à la partie qui les a produites et veille à la destruction de toute copie qui en aurait été faite. Elle peut, si elle estime que ces pièces ou informations sont utiles à la solution du litige, inviter la partie concernée à les verser dans la procédure contradictoire, le cas échéant au moyen des applications informatiques mentionnées aux articles R. 414-1 et R. 414-6. Si la partie ne donne pas suite à cette invitation, la juridiction décide des conséquences à tirer de ce refus et statue sans tenir compte des éléments non soumis au contradictoire. / Lorsque des pièces ou informations mentionnées au premier alinéa sont jointes au dossier papier, celui-ci porte de manière visible une mention signalant la présence de pièces soustraites au contradictoire. Ces pièces sont jointes au dossier sous une enveloppe portant la mention : "pièces soustraites au contradictoire-Article R. 412-2-1 du code de justice administrative" ".
3. Dans le cadre de l'instruction de la présente affaire, le juge des référés, a estimé que l'examen des documents versés à l'instance par la Caisse des dépôts et consignations en mettant en œuvre la procédure définie à l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, n'étaient pas utiles à la solution du litige. En conséquence, il a décidé de ne pas statuer au vu de ces pièces ni de les soumettre au débat contradictoire.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été prise à la suite du constat de non conformités graves, en lien avec un schéma de fraude impliquant l'usurpation de l'identité de stagiaires de la société. L'objet de la décision en cause est ainsi tout autant de mettre fin et de réprimer des manquements de la société Edwin formation aux engagements qu'elle a souscrits que d'assurer l'intérêt public qui s'attache à la protection des fonds publics dévolus au CPF, et de se prémunir de la disparition de fonds indument perçus. La circonstance que cette décision aura un effet défavorable sur l'activité de la société ne saurait dès lors constituer un élément de nature à caractériser une urgence que pour autant que la protection ainsi recherchée de l'ordre public ne porte pas elle-même, dans cette mesure, une atteinte excessive aux intérêts de la personne sanctionnée.
7. En l'espèce, la société Edwin formation expose que la totalité de son chiffre d'affaire repose sur les fonds qui lui sont versés par la Caisse des dépôts et consignations au titre du CPF. S'il peut être tenu pour certain que cette mesure aura pour conséquence une forte diminution de son chiffre d'affaires et, par répercussion, une probable perte de bénéfice, il ne ressort pas des éléments produits par la société qu'elle soit dans l'impossibilité de proposer ses formations autrement que par le biais du dispositif " Mon compte formation ", et elle ne justifie pas de la réalité des charges fixes engagées pour l'année 2023. La décision est par ailleurs prévue pour une durée limitée à un an. Il n'est dès lors pas établi que les restrictions portées à son activité pendant la période concernée auront pour effet de mettre en péril son équilibre économique et de déboucher sur une procédure collective.
8. Par ailleurs, il résulte des indications de la Caisse des dépôts et consignations que les connexions des stagiaires de la société Edwin formation émane dans une très importante proportion (40%) des mêmes adresses IP alors qu'il n'est pas possible qu'autant de stagiaires soient liés à une même connexion internet compte tenu de leur dispersion sur une très large proportion du territoire français. Il résulte également des indications de la Caisse des dépôts et consignations qu'à compter du 25 octobre 2022, suite à la mise en œuvre du dispositif " FranceConnect+ " destiné à contrecarrer les inscriptions frauduleuses par une technique d'identification renforcée, d'importantes incohérences concernant les connexions des stagiaires de la société Edwin formation ont été constatées, dont notamment une proportion significative (24%) d'adresses IP marocaines, et une très importante proportion (89%) de connexions réalisées par un service VPN, permettant des connexions anonymes. La Caisse des dépôts et consignations indique encore que dans le cadre du dispositif FranceConnect+, La Poste, prestataire de ce système, a attiré son attention sur la création de trente-trois identités numériques hautement suspectes de création frauduleuse. Enfin, la Caisse des dépôts et consignations fait état du signalement d'un titulaire de droit au CPF dont les identifiants ont été utilisés sans son consentement pour l'inscrire à une formation dispensée par la société Edwin formation. En l'état de l'instruction, l'ensemble de ces éléments constitue un faisceau d'indices suffisamment probant pour que les allégations de fraude de la Caisse des dépôts et consignations puissent être tenues pour établies.
9. Dans ces conditions, l'intérêt public qui s'attache, d'une part, au bon fonctionnement du dispositif de financement de formation continue " Mon compte formation " et, d'autre part, à la préservation des finances publiques, font obstacle à ce que puisse être regardée comme remplie la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
10. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin, d'examiner s'il existe, au regard des moyens invoqués, un doute sérieux quant à la légalité des mesures contestées, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par la société Edwin formation.
Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les conclusions à fin de suspension de la décision litigieuse de la société Edwin formation devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
12. Il n'y a pas lieu, par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Edwin formation la somme demandée par la Caisse des dépôts et consignations au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Edwin formation est rejetée.
Article 2 :Les conclusions de la Caisse des dépôts et consignations relatives aux frais non compris dans les dépens sont rejetées.
Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à la société Edwin formation et à la Caisse des dépôts et consignations.
Fait à Cergy, le 13 avril 2023.
Le juge des référés,
Signé
P. Thierry
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 23039802
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026