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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304039

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304039

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET GENTILHOMME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 mars 2023, le 21 avril 2023 et le 26 avril 2023, M. A B demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 31 janvier 2023 par lequel la communauté de communes du Haut Val-d'Oise lui a suspendu le versement de la rémunération pour état des services depuis le 1er mai 2014 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Haut Val-d'Oise une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la suspension de la totalité de sa rémunération et des arriérés depuis 2015 lui cause un préjudice grave et difficilement réparable ; il est illégalement privé de son unique source de revenu depuis 2018 et a dû, pour faire face à ses besoins, s'endetter auprès d'établissements bancaires, de membres de sa famille et d'amis ; la nécessité de rembourser ses dettes s'impose à lui ; la décision en litige lui occasionne des troubles dans la vie courante, ce qui créé un préjudice irréparable, notamment pour sur le plan physique et mental ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que :

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne le cumul d'activité ; il n'a perçu aucune rémunération pendant sa période de co-gérance et ne perçoit aucun revenu au titre d'une quelconque fonction rémunérée ; après sa démission de co-gérant il n'est pas en situation de cumul d'activité ;

* elle méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;

* elle méconnaît l'autorité absolue de la chose jugée par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise dans son jugement n° 1711796 du 1er octobre 2019, confirmé par l'arrêt n° 1903698 de la cour administrative d'appel de Versailles.

Par un mémoire en défense et des mémoires, enregistrés le 14 avril 2023, le 18 avril 2023, le 24 avril 2023, le 28 avril 2023 et le 5 mai 2023, le mémoire du 18 avril n'ayant pas été communiquée, la communauté de communes du Haut Val-d'Oise, représentée par Me Gentilhomme, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant le somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la situation résulte du propre fait du requérant qui ne l'a pas informée pendant près de dix ans de l'exercice d'une activité rémunérée en parallèle de son statut d'agent public ; il existe un intérêt public qui s'attache à la préservation des deniers publics qui prime sur les intérêts privés du requérant ; enfin, l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il se trouverait dans une situation d'urgence, notamment financière, telle que l'exécution de la décision en litige devrait être suspendue avant tout jugement au fond ;

- qu'il n'existe aucun moyen de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2304496, enregistrée le 28 mars 2023, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 18 avril 2023 à 9h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Féral, juge des référés ;

- les observations de M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'il précise ;

- les observations de Me Guralla substituant Me Gentilhomme, représentant la communauté de communes du Haut Val-d'Oise qui confirme ses écritures.

La clôture de l'instruction a été différée au 25 avril 2023.

Par une ordonnance du 28 avril 2023, la clôture de l'instruction a été différée au 5 mai 2023 à 12h00.

M. B a présenté une note en délibéré enregistrée le 7 mai 2023.

La communauté de communes du Haut Val-d'Oise, représentée par Me Gentilhomme, a présenté une note en délibéré enregistrée le 15 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par jugement n° 1711796 du 1er octobre 2019, confirmé par l'arrêt n° 1903698 de la cour administrative d'appel de Versailles, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision de la présidente de la communauté de communes du Haut Val-d4Oise du 24 novembre 2017 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie de M. B et l'arrêté du directeur général des services du même jour décidant de maintenir sa rémunération à demi-traitement à compter du 9 avril 2017 et a enjoint à la communauté de communes du Haut Val-d'Oise, d'une part, de reconnaître l'imputabilité au service des troubles anxio-dépressifs ayant justifié les arrêts de travail de M. B depuis le 1er mai 2014 et, d'autre part, de lui verser la rémunération dont il a été privé en l'absence de reconnaissance de cette imputabilité. Estimant toutefois que M. B était en situation de cumul d'activité depuis l'année 2010, la présidente de la communauté de communes du Haut Val-d'Oise a, par arrêté du 31 janvier 2023, décidé que le versement de la rémunération pour état des services de M. B depuis le 1er mai 2014 est suspendu. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de cet arrêté du 31 janvier 2023.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. En l'espèce, l'arrêté en litige prive M. B du versement de sa rémunération ainsi que d'arriérés de rémunérations alors même qu'il doit faire face à ses besoins de la vie courante et qu'il ressort des pièces du dossier, et en particulier des avis d'impositions de l'intéressé, que s'il percevait auparavant des revenus dans la catégorie des traitements et salaires, il n'en perçoit plus depuis l'année 2020. Il justifie par ailleurs avoir eu recours à des crédits bancaires auprès d'établissements financiers ainsi que des emprunts auprès de membres de sa famille ou de proches pour faire face à ses besoins de la vie courante. Si la communauté de communes du Haut-Val-d'Oise fait valoir que cette situation résulterait de son propre fait et qu'il existe un intérêt public tenant à la préservation des deniers publics, ces éléments ne sont pas, dans les circonstances de l'espèce, de nature à retirer à la situation son caractère d'urgence alors, qu'il est toujours loisible à une personne publique de recouvrer auprès d'un de ses agents des sommes qui lui seraient versées à tort au titre de sa rémunération.

En ce qui concerne le doute sérieux :

5. Pour justifier, sur le fondement des dispositions des décrets n° 87-602 du 30 juillet 1987 et n° 2019-301 du 10 avril 2019, de la suspension du versement de la rémunération pour état des services depuis le 1er mai 2014 réclamé par M. B en application du jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 17711796 du 1er décembre 2019 confirmé par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles n° 1903968 du 24 mars 2022, la communauté de communes du Haut Val-d'Oise fait valoir qu'elle a constaté, postérieurement à l'arrêt de la cour, que l'intéressé était actionnaire à 85% d'une société commerciale immatriculée au Maroc en 201 et que, s'il avait démissionné de ses fonction de gérant de cette société, il était en situation de cumul d'activités non autorisé depuis 2010, soit bien avant la date du 1er mai 2014 retenue par le tribunal administratif, ainsi qu'après l'intervention de ce jugement.

6. Toutefois, d'une part, une telle circonstance en tant qu'elle ne résulte pas d'un fait postérieur à l'arrêt de la cour du 24 mars 2022, n'est pas de nature à justifier, quand bien même l'administration en a eu connaissance postérieurement à cet arrêt, l'absence de versement des arriérés de rémunération jusqu'à cette date du 24 mars 2022 dès lors qu'en l'opposant la communauté de communes du Haut Val-d'Oise remet nécessairement en cause le bien-fondé de la mesure d'exécution définitivement prononcée par le tribunal administratif ainsi que le motif qui en constitue le soutien nécessaire Par, suite, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de chose jugée est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige en tant qu'il suspend le versement de la rémunération pour état des services depuis le 1er mai 2014 jusqu'au 24 mars 2022.

7. D'autre part, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige méconnaît le principe de non rétroactivité des actes administratifs en ce qu'il suspend le versement de la rémunération pour état des services de M. B depuis le 25 mars 2022 et préalablement à la date de son édiction est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.

8. En revanche, aucun des moyens visés ci-dessus n'est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige en ce qu'il suspend le versement de la rémunération pour état des services à compter de son édiction.

9. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies uniquement en ce que l'arrêté suspend le versement de la rémunération de M. B préalablement à son édiction. Il y a donc lieu de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 31 janvier 2023 en tant qu'il suspend le versement de la rémunération pour état des services du requérant antérieurement à la date de son édiction.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter tant les conclusions présentées par M. B que celles présentées par la communauté de communes du Haut Val-d'Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 31 janvier 2023 de la président de la communauté de communes du Haut Val-d'Oise en tant qu'il suspend le versement de la rémunération pour état des sevices de M. B préalablement à la date de son édiction est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la communauté de communes du Haut Val-d'Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la communauté de communes du Haut Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 23 mai 2023.

Le juge des référés,

Signé

R. Féral

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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