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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304133

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304133

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2301323 du 10 mars 2023, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. et Mme F.

Par cette requête, enregistrée le 15 février 2023, M. et Mme F, agissant en qualité de représentants légaux de leur fils mineur, C F et représentés par Me Sidibe, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 de la rectrice de l'académie de Versailles, saisie sur recours administratif préalable obligatoire, portant exclusion définitive à l'encontre de leur fils, M. C F, scolarisé en classe de première au lycée Fragonard de L'Isle-Adam dans le Val-d'Oise ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Versailles de réintégrer M. C F au sein du lycée Fragonard, dans un délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Versailles de mettre en place sans délai le plan d'apprentissage personnalisé prescrit par le médecin de l'éducation nationale au sein de ce lycée ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision du conseil de discipline du 14 décembre 2022 :

- la décision du conseil de discipline du 14 décembre 2022 a été prise au terme d'une procédure irrégulière ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision du recteur de l'académie de Versailles du 24 janvier 2023 :

- la décision attaquée du 24 janvier 2023 est insuffisamment motivée ;

- cette décision est illégale dès lors qu'elle est motivée par référence aux faits retenus par le conseil de discipline dans sa décision du 14 décembre 2022, qui sont matériellement inexacts ;

- elle est disproportionnée par rapport à la nature des faits commis par leur fils et leurs conséquences : en effet, la scène n'était pas d'une violence extrême et il n'y a par ailleurs pas eu de blessé ni de dommage matériel à déplorer ;

- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement dès lors que la sanction prononcée à l'encontre des autres protagonistes l'a été avec sursis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, rapporteure ,

- et les conclusions de M. Louvel, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 24 janvier 2023, la rectrice de l'académie de Versailles, après avoir procédé au retrait de la décision du 14 décembre 2022 par laquelle le conseil de discipline du lycée Fragonard à L'Isle-Adam a prononcé l'exclusion définitive de M. C F, a prononcé à l'encontre de ce lycéen une sanction identique. Par la présente requête, M. et Mme F, agissant en qualité de représentants légaux de leur fils mineur, demandent au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision du 14 décembre 2022 du conseil de discipline :

2. L'article R. 511-49 du code de l'éducation dispose que : " Toute décision du conseil de discipline de l'établissement ou du conseil de discipline départemental peut être déférée au recteur de l'académie, dans un délai de huit jours à compter de sa notification écrite, soit par le représentant légal de l'élève, ou par ce dernier s'il est majeur, soit par le chef d'établissement. / Le recteur d'académie décide après avis d'une commission académique. ". Aux termes de l'article D. 511-52 du même code : " Les modalités prévues pour le conseil de discipline de l'établissement ou le conseil de discipline départemental en matière d'exercice des droits de la défense par les articles D. 511-31, D. 511-32 et D. 511-38 à D. 511-40 sont applicables à la commission ainsi que les dispositions du deuxième alinéa de l'article D. 511-42, à l'exception de sa dernière phrase. / La commission émet son avis à la majorité de ses membres. () ". L'article R. 511-53 du même code prévoit enfin que : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article R. 511-49. ".

3. Il résulte des dispositions précitées que, dans le cadre d'un recours administratif préalable obligatoire devant le recteur, la procédure suivie devant celui-ci, dès lors qu'elle assure à l'intéressé des garanties équivalentes à celles attachées à la prise de décision initiale, et la décision qu'il prend sur avis de la commission académique, se substituent entièrement à la procédure suivie devant l'organe disciplinaire de première instance et à la décision prise par ce dernier. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure menée devant le conseil de discipline de l'établissement ainsi que celui tiré de la méconnaissance de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision du 24 janvier 2023 du recteur de l'académie de Versailles :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. " L'article L. 211-5 de ce code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. En l'espèce, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et permet aux requérants d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque en fait et doit dès lors être écarté.

6. En deuxième lieu, le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il lui soumette des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Les requérants soutiennent que la sanction disciplinaire prononcée à l'encontre de leur fils est fondée sur une discrimination en raison du trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (dit B) dont il est porteur, associé à un trouble oppositionnel avec provocation (dit A) pour lequel un plan d'accompagnement personnalisé a été validé par le médecin de l'éducation nationale au titre de l'année scolaire 2022-2023. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette sanction fait suite à une bagarre au sein de l'établissement scolaire ayant engendré des coups violents, portés notamment par M. C F. Dans ces conditions, M. et Mme F ne sont pas fondés à soutenir que leur fils aurait fait l'objet d'une discrimination. La circonstance alléguée que les autres protagonistes ont fait l'objet d'une sanction prononcée avec sursis, à la supposer établie, est à cet égard sans incidence sur les faits ayant motivé la sanction.

8. En dernier lieu, si pour soutenir que l'exclusion temporaire de cet établissement scolaire présente un caractère disproportionné par rapport à la gravité des faits qui sont reprochés à leur fils, les requérants font valoir que ce dernier n'a jamais été sanctionné antérieurement à l'édiction de la décision attaquée pour des faits de violences et que les sanctions disciplinaires prononcées précédemment à son encontre ont été exécutées, ces circonstances ne permettent pas de remettre en cause la gravité de ces faits, ni le caractère proportionné de la sanction qui a été prononcée au regard de ces derniers. Au demeurant, ainsi que le fait valoir le recteur de l'académie de Versailles dans son mémoire en défense, M. C F avait antérieurement à cette sanction, fait l'objet de trois sanctions disciplinaires au cours de l'année scolaire 2017-2018 pour des faits d'incivisme, de violences physiques ou encore un manque de travail et des problèmes de comportement, mais également de quatorze exclusions de cours et huit retenues durant l'année scolaire 2018-2019. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme F ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Versailles a retiré la décision du 14 décembre 2022 du conseil de discipline et lui a substitué une sanction d'exclusion définitive du Lycée Fragonard de L'Isle-Adam prononcée à l'encontre de leur fils. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme F est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. D F, à Mme E F et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin La présidente,

signé

S. Edert

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne à laministre de l'éducation et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23041332

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