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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304136

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304136

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSKANDER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 22 mars 2023, 3 mai 2023, 26 septembre 2023, 20 décembre 2023 et 8 avril 2024, M. A B, représentée par Me Skander, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet du Val-d'Oise du 25 janvier 2023 lui refusant le regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son épouse dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'État à verser la somme de 15 000 euros au titre des dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle ne respecte pas le principe du contradictoire, notamment garanti par l'article 41 de la charte de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle se soustrait au jugement n° 2104446 du 25 mars 2022 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- elle est entachée d'un défaut de loyauté et méconnaît notamment l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par courrier du 3 avril 2023, la requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'écritures en défense.

Vu :

- le jugement n° 2104446 du 25 mars 2022 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les observations de Me Lassoued, substituant Me Skander, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en 1952, a sollicité le regroupement familial au bénéfice de son épouse le 28 décembre 2018. Le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande par une décision du 8 février 2021. Par un jugement n° 2104446 du 25 mars 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision et enjoint au préfet du Val-d'Oise d'octroyer à M. B le regroupement familial au bénéfice de son épouse. Par un arrêté du 25 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé le regroupement familial à M. B au motif que sa carte de séjour était expirée. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. C D, adjoint à la cheffe du bureau du séjour à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise n° 22-181 du 30 novembre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. B, vise les textes dont il fait application et les faits sur lesquels il s'appuie. En particulier, il indique que le requérant, ne disposant pas de titre de séjour en cours de validité, ne remplit pas les conditions de l'article R. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, cette décision, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne méconnaît pas les stipulations des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Ce moyen doit ainsi être écarté.

5. En quatrième lieu, le requérant, à qui il appartenait de faire connaître au préfet tout élément ayant trait à sa situation personnelle et qui n'a pas été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influencer le sens de la décision, n'est pas fondé à invoquer une prétendue méconnaissance du principe général du droit à être entendu, tel qu'énoncé notamment au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

6. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans (). Aux termes de l'article R. 434-27 de ce code : " Dans le cas où le demandeur du regroupement familial était, au moment de la demande, titulaire d'un récépissé de renouvellement d'un titre de séjour, le préfet vérifie que le titre de séjour a été délivré avant de prendre sa décision. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration agit dans l'intérêt général et respecte le principe de légalité. Elle est tenue à l'obligation de neutralité et au respect du principe de laïcité. Elle se conforme au principe d'égalité et garantit à chacun un traitement impartial. ".

8. En l'espèce, comme il a été dit au point 1, par un jugement n° 2104446 du 25 mars 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision du 8 février 2021 du préfet du Val-d'Oise par laquelle il avait rejeté la demande de regroupement familial de M. B et lui a enjoint d'accorder le regroupement familial. A la suite de ce jugement, le préfet du Val-d'Oise a procédé au réexamen de la situation de M. B et a pris une nouvelle décision du 25 janvier 2023 par laquelle il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, au motif que son titre de séjour était venu à expiration le 8 octobre 2021. L'injonction prononcée par le tribunal ne faisait pas obstacle à ce que, pour son exécution, le préfet tînt compte de l'ensemble des conditions d'octroi du regroupement familial à la date de sa décision dont celle tenant à l'existence d'un titre de séjour en cours de validité, circonstance qui, au demeurant n'a pas été débattue dans l'instance n° 2104446. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas contesté qu'à la date de la décision attaquée, la procédure de renouvellement du titre de séjour de M. B était toujours en cours, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que cette décision, conforme aux dispositions citées au point 6, serait entachée d'une erreur de droit en ce qu'il " cherche à se soustraire au jugement du tribunal ". Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration doit, en tout état de cause, être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, en se bornant à produire sa carte " Mobilité inclusion invalidité ", à faire valoir qu'il est handicapé à 80 % et à alléguer, sans l'établir, que la présence de son épouse auprès de lui serait indispensable, le requérant ne démontre pas que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Par ailleurs, la décision attaquée n'étant pas illégale, le préfet du Val-d'Oise n'a, en l'édictant, pas commis de faute de nature à engager la responsabilité de l'État. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions indemnitaires présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées. Enfin, il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2304136

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