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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304147

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304147

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGULER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 28 mars et 5 avril 2023, Mme C B, représentée par Me Guler, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé son transfert aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui remettre un récépissé de demandeur d'asile en procédure normale dans un délai de quinze jours, sous astreinte de dix euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché de vices de procédures dès lors qu'il n'est pas fait mention du relevé dactyloscopique, qu'aucunes informations relatives à la procédure appliquée ne lui ont été transmises et qu'aucun compte-rendu d'entretien ne figure dans le dossier conformément à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il méconnait les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il méconnait les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il méconnait les alinéas 5 et 6 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il méconnait les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête en communiquant les pièces constitutives du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, magistrat désigné ;

- les observations de Me Guler, avocate désignée d'office représentant Mme B, faisant valoir qu'elle a deux filles, âgées respectivement de 15 mois et 3 semaines et qu'elle a fui la Guinée pour protéger ses filles de l'excision.

- et les observations de Mme B, assistée par M. A, interprète en langue malinke qui soutient qu'elle souhaite déposer sa demande d'asile en France.

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante guinéenne née le 24 avril 1991 est entrée irrégulièrement sur le territoire français. Le 16 février 2023, elle a déposé une demande d'asile. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que la requérante avait précédemment sollicité l'asile auprès des autorités allemandes. La demande de reprise en charge adressée aux autorités de ce pays le 17 février 2023, a été acceptée le 21 février 2023. Par un arrêté du 22 mars 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités allemandes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E, cheffe de la section asile/titre de voyage au bureau de l'intégration et des naturalisations, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet, consentie par un arrêté n°23-014 du 22 février 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

2. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. ".

3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le règlement (UE) n° 604/2013 relatif aux mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Il précise en outre que les données du fichier " Eurodac " ont révélé que la requérante avait préalablement sollicité l'asile en Allemagne le 30 juillet 2021, que ces autorités ont été saisies le 16 février 2023 d'une demande de reprise en charge de la requérante sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement 604/2013, et que l'Allemagne explicitement accepté cette demande le 21 février 2023. Par ailleurs, l'arrêté mentionne, d'une part, que l'intéressé ne relève d'aucune des clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et, d'autre part, que la mesure de transfert ne contrevient pas à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme B ne pouvant se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France. Ainsi, l'arrêté attaqué énonce de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui le fondent, permettant à la requérante de la contester utilement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de cet arrêté doit également être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet a joint la fiche décadactylaire " Eurodac " et que Mme B a bénéficié d'un entretien individuel réalisé à la préfecture du Val-d'Oise le 16 février 2023 en langue française, langue qu'elle a déclaré comprendre. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que cet entretien individuel n'aurait pas eu lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité, ni qu'il aurait été mené par un agent non qualifié en vertu du droit national, le résumé de cet entretien mentionnant au contraire que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture du Val-d'Oise ", sans que l'intéressée ne présente d'élément de nature à contredire ces mentions. Il ne ressort donc pas des pièces du dossier que Mme B, qui a signé le compte-rendu de cet entretien individuel sans réserve, aurait été privé d'une garantie prévue par les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Aux termes de l'article L. 521 -2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout demandeur reçoit, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, une information sur les droits et obligations qui découlent de l'application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, dans les conditions prévues à son article 4. ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement et doit nécessairement être communiquée oralement au demandeur d'asile si celui-ci est analphabète. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

7. Il ressort des pièces du dossier que les brochures dites " A " et " B ", intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui comprennent l'ensemble des informations devant être communiquées en vertu des dispositions précitées, ont été remises à Mme B le 16 février 2023, en langue française, comprise par l'intéressée. Les mentions portées sur ces documents, revêtus de l'indication de la date de remise et de sa signature, attestent de leur communication intégrale, la requérante ayant par ailleurs certifié avoir reçu l'information sur les règlements communautaires au cours de l'entretien qui lui a été accordé le même jour en préfecture. Par ailleurs, ces brochures lui ont été délivrées dès le jour de l'enregistrement de sa demande de protection internationale en France, soit en temps utile avant l'intervention de la décision de transfert litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile garanti par l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

8. En cinquième lieu, contrairement aux allégations de la requérante, l'arrêté attaqué mentionne que la comparaison des empreintes digitales a été effectuée au moyen du système " Eurodac ", le préfet du Val d'Oise produisant la fiche décadactylaire issue de ce fichier dont le relevé a eu lieu le 16 février 2023. Le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En sixième lieu, l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des États membres relevant du régime européen d'asile commun. La méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'État français refuse l'admission provisoire au séjour à un demandeur d'asile et remet celui-ci aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté comme inopérant.

10. En dernier lieux, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () 2. L'Etat membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'Etat membre responsable, ou l'Etat membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre Etat membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre Etat membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ".

11. Mme B fait valoir qu'elle veut voir sa demande d'asile examinée en France. Toutefois, elle est entrée en France que récemment et ne produit aucun élément de nature à démontrer les liens qu'elle aurait en France. Elle n'établit en particulier ni vivre avec le père de ses deux enfants, âgés de 15 mois et 3 semaines, ni que ceux-ci ne pourrait l'accompagner en Allemagne et qu'il ne pourrait pas y recevoir l'assistance nécessaire à leurs soins. Partant l'autorité préfectorale, qui a procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée, n'a pas d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire de compétence prévue à l'article 17 précité du règlement (UE) n° 604/2013.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 22 mars 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Guler, avocate désignée d'office et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. DLa greffière

Signé

O. El Moctar La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23041472

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