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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304437

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304437

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGULER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 mars 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête, enregistrée le 26 janvier 2023, présentée par M. D B.

Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistré le 7 avril 2023, M. B, représenté par Me Guler, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné dans le département du Val-d'Oise pour une durée de 45 jours, renouvelable une fois.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé';

- il est entaché d'un défaut d'examen attentif de sa situation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le formulaire qui lui a été remis était rédigé en langue française qu'il comprend difficilement ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de droit et porte une atteinte à sa liberté fondamentale d'aller et venir, en méconnaissance des articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 avril 2023 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Guler, avocate commise d'office, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant libérien né le 15 août 1975, M. D B a fait l'objet d'un arrêté du 21 mars 2022 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Interpellé le 24 janvier 2023 par les services de police de Sarcelles pour des faits de menaces de mort, M. B a fait l'objet, le jour même, d'un arrêté par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours, renouvelable une fois. Par la présente requête, l'intéressé sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A E, cheffe du bureau du contentieux des étrangers qui avait reçu du préfet du Val-d'Oise délégation pour signer notamment toute mesure d'assignation à résidence, consentie par arrêté n°22-181 du 30 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué, qui vise les textes dont il est fait application, expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B. Ainsi, le préfet mentionne notamment que l'intéressé, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise le 21 mars 2022, qu'il n'a pas exécuté. Il souligne également qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Ces indications, qui constituent le fondement de l'arrêté en litige, permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, préalablement à son édiction, procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. Il s'ensuit que le moyen ne peut davantage être accueilli.

6. En quatrième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Il résulte toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier, et n'est pas même soutenu, que M. B, qui, par ailleurs, a été auditionné à la suite de son interpellation le 24 janvier 2023, aurait été empêché de faire valoir ses observations dans le cadre de la procédure ayant abouti à la décision contestée, ni qu'il ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Ce formulaire, dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre de l'intérieur, rappelle les droits et obligations des étrangers assignés à résidence pour la préparation de leur départ. Il mentionne notamment les coordonnées des services territorialement compétents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le droit de l'étranger de communiquer avec son consulat et les coordonnées de ce dernier, ainsi que le droit de l'étranger d'informer l'autorité administrative de tout élément nouveau dans sa situation personnelle susceptible de modifier l'appréciation de sa situation administrative. Il rappelle les obligations résultant de l'obligation de quitter le territoire français et de l'assignation à résidence ainsi que les sanctions encourues par l'étranger en cas de manquement aux obligations de cette dernière. Ce formulaire est traduit dans les langues les plus couramment utilisées désignées par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa ".

9. Il résulte de ces dispositions que la remise du formulaire d'information doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. Elle constitue ainsi une formalité postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence dont les éventuelles irrégularités sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas reçu les informations prévues par l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 : " Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression ". Aux termes de l'article 4 de la même déclaration : " La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ; ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. ".

11. M. B, qui n'établit pas résider à Pierrefitte-Sur-Seine et ne justifie pas exercer une activité professionnelle, ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation qui permettrait d'estimer que la mesure d'assignation à résidence dans le département du Val -d'Oise prise à son encontre avec obligation de se présenter tous les jours au commissariat de Sarcelles présenterait un caractère disproportionné. Au surplus, Pierrefitte-Sur-Seine et Sarcelles sont des communes limitrophes et il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le requérant dispose de la possibilité de solliciter du préfet l'autorisation expresse de se déplacer en dehors des limites du département du Val d'Oise. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, l'arrêté querellé ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir, en méconnaissance des articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

D. C La greffière,

Signé

S. Herve Agbodjan La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23044372

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