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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304502

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304502

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGULER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 avril 2023, M. C D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné dans le département du Val-d'Oise pour une durée de 45 jours, renouvelable une fois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui restituer son passeport et son permis de conduire ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'enregistrer sa demande d'admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé';

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;

- il est entaché d'une erreur de fait quant à son lieu de résidence ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 avril 2023 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Guler, avocate commise d'office, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, que M. D est marié depuis avril 2017 avec une ressortissante turque résidant régulièrement en France depuis 2008 et que deux enfants sont nés de cette union en août 2017 en Turquie et en septembre 2022 en France;

- les observations de M. D, assisté de M. B, interprète, qui précise que sa situation lui permettrait de solliciter la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant turc né le 1er janvier 1995, M. C D déclare être entré en France le 21 juin 2021. Le 27 janvier 2022, il a déposé une demande de reconnaissance du statut de réfugié, laquelle a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 avril 2022 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 31 août 2022, notifiée le 6 septembre 2022. Par suite, l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté du préfet de police du 13 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi, notifiée le 15 décembre 2022. Le 3 avril 2023, M. D a été interpellé pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis de conduire. Par un arrêté du 3 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours renouvelable une fois. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par M. F A, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature pour signer toute assignation à résidence prévue au titre III du livre VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, consentie par un arrêté n°23--014 du préfet du Val-d'Oise du 22 février 2023, régulièrement signé et publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D. Ainsi, il mentionne notamment que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de police le 13 décembre 2022, que cette décision lui a été notifiée le 15 décembre 2022, qu'il déclare résider au 17, avenue des Hirondelles à Goussainville sans en justifier, que son passeport et son permis de conduire turc seront retenus par l'administration mais qu'il reste nécessaire de prévoir l'organisation matérielle de son départ, qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Ces indications, qui constituent le fondement de l'arrêté en litige, permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. D soutient que l'arrêté attaqué est illégal en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français prise par le préfet de police le 13 décembre 2022, il ne produit pas cette décision et n'assortit pas ce moyen de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, le requérant n'allègue, ni ne démontre, avoir formé un recours contre cette décision, laquelle est réputée lui avoir été notifiée le 15 décembre 2022, date de présentation du pli la contenant au domicile que M. D avait déclaré à l'administration. Par suite, le moyen tiré d'une exception d'illégalité doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si M. D fait valoir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie résider au 17, avenue des Hirondelles à Goussainville, il n'établit pas la réalité d'un domicile stable à cette adresse où il déclare résider depuis le 19 décembre 2022. En outre, la commune de Goussainville est limitrophe de celle de Gonesse où le requérant est tenu de se présenter une fois par semaine. Dès lors le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, M. D, qui déclare résider à Goussainville dans le Val -d'Oise, ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation qui permettrait d'estimer que la mesure d'assignation à résidence dans ce département pour une durée de 45 jours, renouvelable une fois, prise à son encontre avec obligation de se présenter une fois par semaine, le samedi, au commissariat de Gonesse présenterait un caractère disproportionné. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. D dispose de la possibilité de solliciter du préfet l'autorisation expresse de se déplacer en dehors des limites du département du Val -d'Oise. Au demeurant, si le requérant soutient que sa situation familiale lui permettrait d'obtenir un titre de séjour et qu'il est convoqué au tribunal judiciaire de Pontoise le 30 janvier 2024, ces éléments sont sans incidence sur la légalité d'une décision d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

D. E La greffière,

Signé

S. Hervé-Agbodjan La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 23045022

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