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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304520

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304520

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUELTAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 5 et 18 avril 2023, M. C A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités espagnoles ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa demande, de lui délivrer une attestation et de lui permettre d'enregistrer sa demande d'asile, dans un délai de quinze jours.

Il soutient que toute sa famille réside en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise précise qu'il confirme sa décision et transmet les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Poyet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Gueltas, avocat commis d'office, représentant M. A, qui fait valoir, d'une part, la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le requérant a une fille, pour laquelle il produit l'acte de naissance, qu'il justifie participer à son entretien en produisant des factures diverses et, d'autre part, le défaut d'examen sérieux de la situation du requérant du fait d'informations contradictoires dans le résumé de l'entretien individuel ;

- et les observations de M. A, requérant ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant mauritanien né le 2 août 1983, est entré en France sous couvert d'un visa délivré par les autorités espagnoles valable jusqu'au 3 octobre 2024. Le 6 février 2023, il a introduit une demande d'asile en France. La consultation du fichier " VISABIO " a révélé qu'il était en possession d'un visa en cours de validité délivré par les autorités espagnoles au moment du dépôt de sa demande d'asile. Une demande de prise en charge a été adressée aux autorités espagnoles, le 7 février 2023, acceptée explicitement, le 9 février 2023. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités espagnoles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Pour l'application des dispositions précitées, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment le règlement (UE) n°604/2013 relatif aux mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Il précise en outre que les données du fichier " Visabio " ont révélé que l'intéressé était en possession d'un visa en cours de validité délivré par les autorités espagnoles au moment du dépôt de sa demande d'asile, lesquelles saisies, le 7 février 2023, d'une demande de prise en charge du requérant sur le fondement de l'article 12-2 du règlement (UE) n°604/2013, ont explicitement accepté cette demande, le 9 février 2023. Par ailleurs, l'arrêté mentionne, d'une part, que l'intéressé ne relève d'aucune des clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 et, d'autre part, que la mesure de transfert ne contrevient pas à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. A ne pouvant se prévaloir d'une vie privée et familiale en France. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, s'il a entendu soulever un tel moyen, et du défaut d'examen sérieux de cet arrêté doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, s'il est mentionné dans le résumé de l'entretien individuel que M. A déclare n'avoir aucun enfant mineur en France sur la première page, alors qu'il est mentionné sur la deuxième page qu'il déclare en avoir un, cette simple erreur de plume, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Pour justifier avoir installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux, M. A fait valoir qu'il réside chez son beau-frère avec qui il entretient des liens intenses et sables et qu'il est père d'un enfant mineur, né le 2 juillet 2022, qui réside en France. Toutefois, les seuls éléments ayant vocation à établir qu'il contribue effectivement à l'entretien et l'éducation de son enfant se composent d'une attestation établie par la mère de l'enfant et de trois factures qui ont une faible valeur probante et qui ne permettent pas de démontrer qu'il contribue effectivement à l'entretien et l'éducation de son enfant mineur résidant en France. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, s'il a entendu soulever un tel moyen, et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Par voie conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

S. Hervé-Agbodjan

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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