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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304558

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304558

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantACHACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 avril 2023 et le 12 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Achache, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 27 janvier 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, Me Achache, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de plein droit et n'est par conséquent pas éloignable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 21 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt, conseillère,

- et les observations de Me Achache, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 22 janvier 2002, indique être entré sur le territoire français en décembre 2017. Le 4 novembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 17 mars 2022 sur laquelle il n'a pas encore été statué. Eu égard aux délais qui s'imposent à la présente procédure et à la situation de M. A, il y a lieu de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en décembre 2017 après un passage par l'Italie et a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance le 16 mars 2018, alors qu'il était âgé de 16 ans. A sa majorité, il a conclu un contrat jeune majeur avec le département qui a été reconduit jusqu'au 22 janvier 2023. Au cours de l'année scolaire 2018-2019, il était inscrit en première année de préparation à un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) d'employé de commerce multi-spécialités, puis, pour les années scolaires 2019-2020 et 2020-2021 en préparation à un CAP d'employé de vente spécialisé option produits alimentaires, en apprentissage, qu'il a suivi avec sérieux dès lors qu'il a obtenu son diplôme en juillet 2021. Dans ce cadre, il justifie par la production de ses contrats d'apprentissage et bulletins de paie qu'il a été employé comme apprenti pour la société Japre Intermarché du 30 septembre 2019 au 30 août 2021, pendant 24 mois. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a tenté de s'inscrire en bac professionnel " Hygiène Propreté Stérilisation " pour l'année scolaire 2021-2022, formation qui n'apparaît pas dépourvue de tout lien avec son CAP de vente de produits alimentaires. Il soutient à cet égard, sans être sérieusement contredit, que son inscription n'a pu aboutir faute d'avoir réussi à trouver un employeur en raison de l'irrégularité de sa situation, ainsi qu'il en a été informé le 5 novembre 2021, le lendemain du dépôt de sa demande de titre de séjour. Le rapport de l'aide sociale à l'enfance du 15 novembre 2021 versé à l'instance décrit M. A comme un jeune homme assidu et " investi dans ses études ", poli et respectueux, en dépit d'un parcours difficile depuis son départ de son pays d'origine, qu'il a quitté après le décès de sa mère et dans un contexte de maltraitance. Au surplus, M. A démontre qu'il a pu s'inscrire en formation en vue de l'obtention d'un titre professionnel d'employé commercial auprès du centre de formation par alternance LINK RH, et conclure dans ce cadre un contrat d'apprentissage avec la société Orgard le 30 décembre 2022. Ces éléments, bien que postérieurs à la décision attaquée, démontrent le sérieux et la volonté d'intégration par le travail de M. A. Dans ces conditions, ce dernier est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a, en lui refusant le séjour, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de M. A, que l'autorité compétente lui délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et le munisse, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent compte-tenu du lieu de résidence de M. A, de procéder à la délivrance de ce titre dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et à celle d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours.

7. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative, de prononcer contre le préfet des Hauts-de-Seine, à défaut pour lui de justifier de l'exécution de la présente décision dans les délais de deux mois et de quinze jours à compter de sa notification, mentionnés au point 6, une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle cette décision aura reçu exécution.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A est admis par la présente décision au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Achache de la somme de 1 000 euros.

DECIDE :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 27 janvier 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de M. A de lui délivrer, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait dans sa situation, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans cette attente, dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l'encontre de l'Etat s'il n'est pas justifié de l'exécution de la présente décision dans les délais mentionnés à l'article 3 ci-dessus.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Achache, conseil de M. A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Achache et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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